Living at the Edge of the Worlds

Il était plus d’une fois…

Super Sons
© DC Comics

Oui, plusieurs fois car la collection Elseworlds plonge ses racines très loin dans l’histoire des comics et plus particulièrement de son éditeur DC.

DC Comics étant devenu une major dès le Golden Age, son organisation éditoriale et la manière d’écrire au sein de la compagnie furent très vite très structurées, rigides même pourrait-on dire.
Agissant comme un vrai capitaine d’industrie souhaitant capitaliser sur son catalogue de personnages, DC cadenassa bien vite les possibilités d’histoires autour de Superman, Batman et les autres en les figeant dans un éternel présent, un statu-quo que rien ne devait bousculer.
Ainsi, Lois Lane n’épouserait jamais Superman, Batman n’apporterait jamais la paix à Gotham, Robin ne vieillirait jamais…
Autant dire que ce cadre constitua bien vite un énorme challenge pour l’imagination des différents auteurs à l’oeuvre.

Cependant, le mal sécréta bien vite son antidote et des les années 40, certains scénaristes trouvèrent la solution pour effectuer des manquements à cette règle sans que cela porte à conséquence.
Ce fut le début de ce que l’on appela les Imaginary Stories ou histoires imaginaires dans notre langue de Molière.

Imaginary Stories
© DC Comics

Grosso modo, on écrivait une histoire dérogeant peu ou complètement au statu-quo et on retombait sur ces pattes à la fin en expliquant que c’était un rêve de Loïs Lane, ou bien un roman caché que s’amusait à écrire Alfred…
On vit ainsi Loïs épouser son homme d’Acier, Batman voyager dans le temps, les plus grands héros laisser leur place à leurs enfants, Lex Luthor devenir Superman… dans une profusion d’histoires allant du meilleur au totalement loufoque.

Parallèlement, lors de sa reprise de Flash qui marqua le début du Silver Age et afin de pouvoir jouer avec une génération de héros oubliés, Julius Schwartz créa le concept de Terres Parrallèles afin de justifier l’existence de l’ancien et du nouveau Flash.
Cependant durant les années 60, DC commença à se trouver en concurrence avec une compagnie dont la popularité se mit à monter en flèche : Marvel Comics.

Sous l’égide de son Dentier en chef, Marvel affirma sa singularité avec une formule qui conquit le public : la continuité et l’évolution permanente.
Certes cette évolution tournera au trompe-l’oeil dans les décennies suivantes mais c’est un autre débat.
En ces swinging sixties, les héros Marvel se marient, quittent l’école, donnent naissance à des bébés… Une innovation de taille et un changement des plus rafraîchissants pour le lecteur.

Histoire d’essayer de prendre le train en marche, et aussi pour d’autres raisons (comme intégrer les personnages rachetés à Fawcett Comics et d’autres à son catalogue), DC se mit progressivement à remplacer les histoires imaginaires par les terres parallèles.
Ceci permettait ainsi de continuer à utiliser certaines de versions imaginaires les plus populaires régulièrement. Ainsi la série World Finest accueillit pendant plusieurs numéros les aventures en duo des fils Wayne et Kent.
Vous connaissez le reste de l’histoire, sans véritable suivi éditorial, le concept de terres parallèles devient bien vite un bordel sans nom où l’on ne savait plus qui était qui, sur quelle terre se déroulait quoi et si l’histoire du mois était la suite de la précédente ou prenait place sur une autre terre.

Il est à noter que Marvel récupéra de son côté l’idée d’histoires imaginaires (et de terres parallèles) en lançant dans les années 70 le comic book What If où des auteurs s’amuser à imaginer des variations sur le destin de tel ou tel héros suite à un événement clé qui se serait déroulé différemment (Et si… phénix n’était pas morte sur la Lune?).

What if
© Marvel Comics

En 1986, un scénariste transfuge de chez Marvel devenu star chez DC avec ses New Teen Titans décida donc de donner un grand coup de balais et de reconstruction cohérente de tout ça avec l’aval d’un staff éditorial bien heureux de pouvoir repartir sur des bases saines.
Ce fut le fameux Crisis on Infinite Earths qui vit la destruction de toutes les terres parallèle et la reconstruction de tout l’univers de l’éditeur en intégrant tous ses personnages sur une seule et même terre.
Si l’entreprise fut un succès commercial et critique pour DC, sa radicalité fit aussi grincer des dents auprès d’une partie du lectorat et des professionnels qui furent peinés de ne plus pouvoir suivre les aventures de personnages dorénavant considérés comme hors-continuité comme celles de la fille de Batman, Huntress.

Cependant, le ver était dans le fruit dès le début puisque même en pleine préparation de ce reboot général, certains auteurs trichèrent quelque peu en continuant leur séries comme si de rien n’était, ce qui commença dès le départ à emmener à nouveau des contradictions de parts et d’autres.
Cette mauvaise gestion poussera plus tard DC à effectuer de multiples bricolages pour essayer de résoudre les problèmes de cette nouvelle continuité, ce qui transformera à terme son univers en un Meccano géant brinquebalant de toutes parts à nouveau.
Mais officiellement, on ne parle pas encore de retour des Terres Parallèles ou des Imaginary Stories dans la seconde moitié des années 80.
Tout est censé se passer sur une même Terre cohérente, les problèmes de continuité sont traitées en loucedé, et interdiction est à nouveau faite aux auteurs de développer des trucs trop loufoques comme un Superman visitant le monde Bizarro ou un Batman voyageant à la cour du Roi Arthur.

C’est compter sans la volonté d’un jeune editor qui est taraudé par une idée étrange et qui à force de pugnacité réussira à faire publier son histoire qui deviendra rétrospectivement le 1er Elseworld, mais nous reviendrons plus en détails sur ce comic book dans le prochain article.
Suite au succès de ce récit, le staff éditorial commence à sentir le bon filon et décide de lancer un ballon d’essai afin de voir si ce genre d’initiative développée à plus grande échelle pourrait rencontrer le public.
DC prend donc la température au travers de la série d’annuals « crossoverisés » de l’année 1991 : Armaggedon 2001.

Armageddon-2001
© DC Comics

L’histoire voit un nouveau héros, Waverider, traverser le temps et découvrir plusieurs futurs alternatifs : une histoire développant un plot inverse de Dark Knight, une autre où Loïs meurt en portant l’enfant de Superman…
Bien que depuis considéré comme l’une des bouses immondes typiques de ce que Dan Jurgens peut produire dans ses plus mauvais jours, et du fait que l’histoire vient ajouter un nouveau lot de problème dans la pseudo-continuité de DC, il faut croire que l’opération fut rentable puisque la compagnie décide dès lors de mettre en branle un nouveau chantier.

Ce chantier, c’est le label Elseworlds (nom déposé dès 1989) qui arrive quelques mois après Armaggedon 2001.
En fait, ce label ne signe ni plus ni moins que le retour des histoires imaginaires chères à l’éditeur puisque la collection verra la publication de concepts aussi divers et délurés qu’un Superman soviet, un Batman sous la Révolution française, une JLA à l’époque du Far West…
C’est donc un nouveau coin où les artistes pourront s’amuser sans souci de continuité et avec pour seule barrière les limites de leur imagination.

Au fil des ans et jusqu’en 2010, date de disparition du label et ce bien qu’aucune annonce officielle n’ait été faite en ce sens (ce qui laisse à penser que DC garde cela sous le coude pour un retour éventuel), les différents one-shots et mini-séries de la collection alterneront le bon et le moins bon.
On y trouve cependant de sacrées pépites dont certaines malheureusement toujours inédites en français.
Mais il convient tout d’abord de revenir sur le comic book qui fut l’acte de naissance du label.

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