DC Extravaganza, Graphic Nuggets, Living at the Edge of the Worlds

Batman: Master of the Future (Brian Augustyn / Eduardo Barreto)

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©DC Comics

En cette année 1991 Brian Augustyn est bien occupé par ses tâches éditoriales, en particulier sur Flash dont il confiera le scénario un an plus tard à son ami Mark Waid, mais il trouve quand même le temps d’écrire une suite abondamment demandée à son Gotham by Gaslight.
Mike Mignola n’étant pas disponible, et pas spécialement intéressé par la perspective de produire une séquelle, DC fait appel à un dessinateur bien différent mais néanmoins solide et traînant ses guêtres dans la maison d’édition depuis une décennie : Eduardo Barreto.

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©DC Comics

Luis Eduardo Barreto Ferreyra est né en 1954 à Montevideo en Urugay.
Tout d’abord fervent supporter de foot, le jeune Barreto décide de se tourner vers la bande-dessinée après avoir découvert les strips qui le marquèrent définitivement, ceux de Russ Manning, Warren Tufts et surtout Hal Foster.

Apprenant les fondamentaux du dessin et de la narration en pur autodidacte, il part démarcher les éditeurs uruguayens dès l’âge de 15 ans et décroche son premier boulot en illustrant une version du Cid pour le journal El Dia puis un strip de science-fiction inspiré du Matin des Magiciens qui réussit à se vendre sur tout le continent sud-américain.
En 1975, dorénavant marié et avec une famille à charge, Barreto se met à travailler aussi pour des éditeurs argentins, payant mieux que les uruguayens, et passe son temps à faire la navette entre les deux pays pendant trois ans.

Au terme de cette période, son principal éditeur argentin lui conseille de démarcher chez les américains si il souhaite élargir son audience et améliorer ses revenus.
Prenant son portfolio sous le bras et achetant un billet d’avion avec ses économies, Eduardo Barreto débarque à New York et trouve immédiatement du travail à la fois chez Marvel avec des travaux d’encrage sur Marvel Team-Up et chez DC sur Hawkman.
Cependant, il retourne bien vite dans son Uruguay natal et ne reviendra aux USA, où il s’installera avec femme et enfants, qu’en 1983 pour travailler au lancement de Red Circle, l’éphémère label superslippesque d’Archie Comics.

Malgré cette première déconvenue, il retrouve du travail bien vite chez DC Comics avec quelques épisodes de Superman lors de son retour sur le sol américain.
Consciente de son potentiel, la compagnie sait s’attacher les services du dessinateur et Barreto sera fidèle à DC pour l’essentiel de sa carrière.
Eduardo se révèle finalement aux yeux du public américain en dessinant une partie de la série Atari Force, fruit d’un deal typique de l’époque entre DC et la fameuse compagnie de jeux vidéos.

Mais il montre définitivement sa solidité en 1985 en prenant la suite de Georges Perez sur New Teen Titans pour 3 ans.
Cette constance est bien vite récompensée puisque l’éditeur lui confie ensuite les crayons sur une reprise d’un personnage de pulp qu’il adore, The Shadow Strikes !, puis avec un magnifique one-shot consacré à la nemesis de Superman, The Unauthorized Biography of Lex Luthor.

Parallèlement à cela, Eduardo Barreto prend une place prépondérante dans la compagnie en fournissant une pléthore de couvertures, pin-ups et illustrations pour le département marketing (publicités, t-shirts…).
Il rentre ainsi dans ce cercle très fermé de dessinateurs qui ont forgé l’image d’un éditeur de comics aux côtés de Jose-Luis Garcia Lopez pour DC ou John Romita Sr pour Marvel.
C’est donc à un artiste solide et de confiance que l’éditeur confie ce Master of the Future.

Bruce Future
©DC Comics

« Ayant raccroché sa cape, Bruce Wayne coule des jours heureux en compagnie de sa fiancée Julie Madison. Malheureusement, la menace d’un certain Maître du Futur va finalement l’obliger à redevenir Batman. »

Evacuons tout de suite la déception que connurent la plupart des lecteurs face à ce Elseworld.
On peut comprendre cette tristesse de la part de ceux qui s’attendaient à une suite dans la lignée de Gotham by Gaslight, un thriller gothique et sombre en diable avec une partie graphique originale.

Sauf que telle n’est pas l’intention d’Augustyn qui n’oublie pas que l’époque victorienne fut aussi l’ère d’importantes découvertes scientifiques, de rapides transformations urbaines (accompagnées de leurs dérives), d’un certain optimisme envers l’avenir accompagné d’une foi dans le progrès et de l’apparition de la science-fiction dans le champ de la Culture.

Cette prise en compte du contexte historique est particulièrement perceptible avec le cadre même de l’histoire, une exposition universelle, où au travers de la mention du remplacement progressif de l’éclairage au gaz par l’électricité.
Ainsi, Brian Augustyn décide de bouger le curseur vers ce que l’on appelle dorénavant le Steampunk avec tout ce que cela comporte de créations technologiques irréelles et d’aventures débridées.

Le modèle avoué derrière tout ce qui entoure le personnage du Maître du Futur est Robur le conquérant, héros du roman éponyme et de sa suite Maître du Monde tous deux écrits par Jules Vernes.
Mais il y a aussi du capitaine Nemo, du Fantomas et du Moriarty dans cet homme, génie criminel mégalomane préférant la compagnie des machines à celle des hommes.
Toutes ces références synthétisées en un seul personnage démontrent à nouveau que le scénariste connaît ses classiques et a effectué un bon travail de recherche, d’autant plus fastidieux en ces temps pré-internet.
Toujours dans une démarche à la Wold Newton, l’auteur continue aussi d’entremêler ces composantes fictives avec la réalité historique et, outre les différant choses citées plus haut, on aura droit à un savoureux passage consacré à Thomas Edison au détour d’une page.

Pour le reste on retrouve les qualités d’écriture toutes en clarté et en dynamisme de Brian Augustyn et le tout se lit avec un plaisir certain dès lors que l’on aura accepté le postulat que l’on est cette fois-ci dans un roman d’aventure, cet aspect étant souligné dans la confrontation finale où Batman apparaît comme une version gothamite de Zorro ; clin d’oeil savoureux s’il en est lorsque l’on sait que l’escrimeur masqué est l’inspiration première de Batman dans l’univers DC habituel.
On appréciera aussi la conclusion pleine d’optimisme et se permettant de donner le style de fin que l’on ne verrait jamais dans les comics habituellement consacrés à la chauve-souris.

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©DC Comics

Dans cette optique, le choix d’Eduardo Barreto aux dessins se justifie pleinement, lui dont le graphisme est plus solaire, plus héroïque et plus rétro (sans que cela ne soit péjoratif) que celui de Mike Mignola.
Le dessinateur comprend d’ailleurs parfaitement l’orientation du projet et pose l’ambiance dès sa superbe couverture qui rappellent celles des livres de Jules Verne tels que publiés par les éditions Hetzel.
Cet emploi des trames se retrouve d’ailleurs au travers de plusieurs cases au fur et à mesure du récit et concourt à ancrer l’histoire dans une version sublimée, romantique, quasi-hollywoodienne du 19ème siècle.

Cette impression est renforcée par la minutie accordée aux décors, aux détails ou aux toilettes des différents protagonistes.
Sous son crayon, Bruce Wayne est tout en virilité tranquille et apaisée tandis que Julie Madison, première petite amie de Wayne dans la continuité classique, transpire cette élégance et ce raffinement propres aux femmes de l’époque victorienne, ou tout du moins telles qu’on se les représentent dans l’imagination populaire.

Entre cette profusion, ce soin et le dynamisme de ses cases, Barreto donne un pur parfum steampunk à l’histoire, un peu comme si on avait retrouvé une bande-dessinée du début du 20ème siècle au fond d’un vieux grenier et qui possède le goût des grands strips d’aventure.
Ce sentiment est appuyé par la colorisation très solaire et chatoyante de Steve Oliff même si l’on doit bien avoué que, comme pour les premiers jeux vidéos en 3D, ses couleurs informatiques de première génération ont pris un petit (très petit) coup de vieux face à leur équivalent classique (oui, même celles d’Akira).

Au final, pour peu que l’on accepte le fait que nous ne sommes pas dans les ambiances gothiques chères à Mignola et si l’on aime l’aventure dans ce qu’elle a de plus classique, on se trouve face à une histoire extrêmement bien troussée et servie par une équipe qui met du cœur à l’ouvrage.
Même si les ventes n’atteignirent pas les mêmes hauteurs que Gotham by Gaslight (200 000 exemplaires « seulement »), ce Master of the Future constitue un pendant et un contrepied très agréable et disponible en complément des volumes Panini et Urban de GbG.

Batman future
©DC Comics

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