Strange Cultures, Virtual Insanity

Portrait of an American Family (What remains of Edith Finch)

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©Annapurna Interactive & Giant Sparrow

« Enceinte, Edith Finch revient dans la demeure familiale afin d’en apprendre plus sur la malédiction qui semble peser sur sa lignée »

Pour une fois, faisons exception à la règle de ce site et parlons donc de cet excellent jeu disponible gratuitement sur le le Epic Games Store du 10 au 25 janvier 2018.

Précisons d’entrée que ce jeu est ce qu’une partie des gamers nomme malheureusement souvent avec dédain un « walking simulator ».
Donc si ce qui vous motive principalement dans les jeux vidéos ce sont les combats ou les scores, vous pouvez passer votre chemin même si vous vous priverez d’une belle expérience.

Si par contre, vous vous intéressez aux personnages, aux histoires, aux qualités narratives d’un jeu et à la manière dont il arrive à créer émotions et réflexion chez vous, ruez-vous sur ce Edith Finch qui démontre une fois de plus que le médium peut offrir des expériences à la hauteur de n’importe quel autre art.

Certes, le jeu est court, 3 heures au maximum, mais est dense et suffisamment varié  pour captiver et l’histoire possède une véritable atmosphère et une sensibilité toute personnelle mais pourtant universelle.

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©Annapurna Interactive & Giant Sparrow

La découverte de la famille Finch s’avère ainsi passionnante et l’on s’attache très vite à cette galerie de personnages bigarrés évoluant entre la famille Addams et une bande de mythomanes enchaînés dans leurs propres croyances.
La comparaison qui pourrait venir à l’esprit, ce serait Big Fish (de très loin)… mais un Big Fish réussi et réalisé par le Tim Burton d’Edward aux Mains d’Argent.

Nous avons affaire ici à un jeu que l’on peut se mettre en revenant du travail histoire de se vider la tête tranquillement pour quelques heures mais on se retrouve bien vite emporté par l’onirisme ambiant, le mystère qui entoure cette famille et les différentes trouvailles qui parsème le parcours.

Ainsi, chaque pièce de la maison Finch ouvre sur une histoire, une atmosphère et un gameplay différents: un mini-comic book à la EC Comics, un simili-Zelda, un carnet de croquis…
Le tout permet de faire varier les plaisirs et sentiments éprouvés par le joueur tout en renouvelant constamment son intérêt et son attachement pour cette galerie de freaks.

On se laisse porter, on explore patiemment les pièces de la maison, et l’on se met à  recomposer petit à petit le puzzle de cette étrange famille tout en touchant du doigt des thèmes très forts comme la limite entre réalité et imagination, l’hérédité, le poids des pêchés passés, l’obsession, les valeurs et croyances que l’on transmet à nos descendants y compris de la manière la plus inconsciente et cette ligne ténue entre fascination de la mort et envie dévorante de vivre.

La structure même de la demeure de la famille Finch est une métaphore évidente de la manière de se construisent les structures familiales.
Les pièces et les étages se superposant couche par couche pour un résultat à la fois hétérogène (l’individualité de chacun au sein d’une famille) et étrangement homogène (ce qui définit la singularité d’une famille face au reste du monde).

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©Annapurna Interactive & Giant Sparrow

Rajoutons une mention spéciale à deux moments qui ont particulièrement touché votre serviteur :

  • Une magnifique réflexion sur la place du jeu vidéo et des mondes imaginaires dans notre société fonctionnant au travers d’une mise en abyme retraçant l’évolution du médium de ses débuts à nos jours.
    Au sortir de ce passage, vous risquez de vous poser longuement en réfléchissant à votre propre rapport à ces domaines et à la manière dont ils infusent votre vie.
  • La séquence du bébé qui réussit l’exploit de mêler euphorie innocente et tragédie déchirante en un seul mouvement.
    L’une des plus belles émotions que j’ai vécu avec un jeu et un tour de force que d’avoir réussit à entremêler des sentiments aussi diamétralement opposés en un seul instant.

Petit bémol tout personnel cependant pour les gens souffrant de cinétose : le jeu est en vue à la 1ère personne et il est conseillé de baisser la sensibilité de la souris au maximum lors de la séquence où l’on « incarne » des animaux tant celle-ci risque de mettre à mal votre vision et votre sens de l’équilibre.

Au final, What Remains of Edith Finch est peut-être court mais il constitue une expérience intense qui marquera longtemps votre mémoire tant la qualité de ses thèmes et la manière de les narrer réussit à toucher à l’intime et à l’universel.
Et comme c’est gratuit en ce moment, n’hésitez pas une seconde de plus à vous perdre dans ce monde envoutant.

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©Annapurna Interactive & Giant Sparrow

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