Graphic Nuggets, On the Run(s), Vert de Gris

1/ Long Live The New Flesh (Hulk 360 – 367)

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©Marvel Comics

On entre ici dans une période de grands changements à tous les points de vue.
Que cela soit au niveau de la construction du récit, des outils narratifs de Peter David, des sub-plots, du graphisme, de l’ambiance ou des thématiques, chaque épisode va dorénavant se distinguer tout en prenant part à un cheminement endiablé qui fait tourbillonner l’esprit et les émotions du lecteur.

C’est, de notre point de vue en tout cas, le moment où l’écriture de PAD se trouve totalement.
Il a dorénavant complètement digéré l’héritage de Chris Claremont auquel il y mêle sa sensibilité propre.
Prenant acte de la surenchère grim n’ gritty de l’époque, il va compenser l’atmosphère sombre de la série en redoublant d’un humour irrésistible en droite ligne des JLI/JLE du duo Keith Giffen et Jean-Marc DeMatteis.
Les blagues, clins d’oeil, scènes décalées et autres jeux de mots vont prendre une place de plus en plus croissante dans la série donnant ainsi un ton unique au titre.

David trouve un équilibre parfait où les aventures de Hulk retrouvent un certain ton insouciant des sixties où il fait finalement bon vivre dans cet univers un peu ridicule, le fun ambiant ne faisant que renforcer le poids du drame et de l’horreur lorsque ceux-ci viennent régulièrement faire éclater cette bulle de bonne humeur.
Car l’horreur n’est jamais loin dans cette étape de la vie de notre géant vers, étape qui est peut-être celle la plus placée sous l’influence de David Cronenberg avec sa thématique du lien direct entre les tourments de l’esprit et ceux de la chair.

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©Marvel Comics

Tout commence pourtant par un fill-in (épisode 360) plus important qu’on ne pourrait le penser à première vue.
Ce fill-in possède en effet une genèse particulière.
Pour rappel, Betty Banner avait finalement décidé de ne pas avorter et David comptait bien donner un enfant à Hulk.
L’éditorial de Marvel étant peu chaud pour donner naissance à un Hulk jr (ce qui prête maintenant à sourire au lecteur qui a dû subir Sakaar et autres She-Hulk juniors), il s’entama un long bras de fer entre le scénariste et ses editors, chacun campant fermement sur ses positions.

Las, David jette finalement l’éponge tout en spécifiant bien qu’il ne compte pas écrire un épisode sur la fausse couche de Betty.
Bobbie Chase confie alors la tâche à l’ancien editor du titre, Bob Harras, ici accompagné du transparent Dan Reed aux dessins; Marie Severin assurant la continuité graphique avec Jeff Purves par la grâce de son encrage délicat.

Harras nous compte donc la nuit suivant la fausse couche de Betty et comment la jeune femme devient l’enjeu d’un duel entre les entités Cauchemar et D’Spayre.
C’est l’amour de Bruce/Hulk qui réussit à lui redonner l’espoir et la volonté d’aller de l’avant.
Cet épisode marque ainsi le retour du cast historique de la série en revenant sur Betty et Rick Jones après une année d’absence.
Surtout, ce retour entérine la décision de Bruce/Hulk de partir à la recherche de sa femme et de son enfant.

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©Marvel Comics

Les deux épisodes suivants (361-362) permettent de définitivement faire le ménage de la période Las Vegas tout en posant les fondations des changements que vont traverser le docteur Banner et son alter-ego.

Le crossover avec Iron-Man (Iron-Man 247 – Hulk 361) permet d’enfin se débarrasser de l’encombrant plot de la Maggia tout en réaffirmant la volonté de vivre et de se reconstruire d’un Banner qui est bien décidé à fonder un foyer.
Le dialogue final entre Bruce et Tony Stark enfonce le clou de la définition de Banner tel que vu par PAD, un homme voulant racheter ses péchés en construisant plutôt qu’en détruisant.

Cela sonne aussi comme une belle claque de David envers ses camarades Bob Layton & David Michelinie qui sont alors en train d’embourber leur Stark paralysé dans des atermoiements « emo » bien lourds à la Scott Lobdell.
Toujours aussi habile, le scénariste contrebalance cela avec une pointe d’ironie douce-amère puisque Stark est au courant de la fausse couche de Betty mais préfère se taire afin de ne pas briser les espoirs de son ami.

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©Marvel Comics

L’auteur plante aussi les graines du fameux épisode 377 au travers d’un dialogue entre Hulk et Banner durant lequel l’aspect du héros navigue de l’un à l’autre de manière répugnante marquant donc ainsi la place de la chair comme reflet de la psyché.
La période Vegas a envenimé les rapports entre les deux alter-egos puisque celle-ci a donné des velléités d’indépendance à Hulk qui souhaite se construire sa propre vie tandis que Banner ne compte pas céder la sienne.

L’épisode suivant (362) continue cette double entreprise de conclusion de l’ère Vegas et de construction de nouvelles pistes.
Banner s’est trouvé un job de concierge dans un centre de recherches sur les rayons gamma afin de chercher à nouveau un moyen de se débarrasser de sa grisâtre contrepartie.
Il ne se doute cependant pas qu’il est observé par un chercheur, Phillip Sterns, qui semble l’avoir reconnu.
Hulk continue d’affermir son influence sur l’esprit de Bruce pour le pousser à donner rendez-vous à Marlo afin d’éclaircir les choses avec sa belle.
Le hasard faisant que cette rencontre à lieu lors de la pleine lune, Hulk/Fixit est bon pour se peigner avec le Werewolf (Jack Russell) avant de finalement décider de rompre avec Marlo.

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©Marvel Comics

Pour l’occasion, David se remet à jouer avec les divers reflets de Hulk au sein du Marvel Universe en le confrontant avec une de ses sources d’inspiration (la figure du loup-garou).
Il continue de creuser la différence entre son Hulk et le portrait classique de l’homme errant se morfondant sur sa malédiction (Russell).
Il renoue pour le coup avec la veine qui avait présidé à Ground Zero avec ce mélange d’humour noir, d’horreur gothique, de soap et de réflexion sur la nature du personnage.
Ainsi il adresse un clin d’oeil narquois à Bip-Bip et le Coyote en ouverture et conclue son récit sur un échange entre Fixit et Marlo qui résonne comme un écho douloureux du dialogue Hulk-Betty de l’épisode 344.

Cette confrontation donne de l’humanisme au géant gris et provoque l’empathie puisque ce dernier décide de rompre avec sa belle, ayant douloureusement conscience que l’attirance des femmes pour lui est due à la partie Banner qui subsiste au fond de sa psyché.
Le scénariste en profite au passage pour instaurer tension et paranoïa dans les relations entre Bruce et Hulk.
En effet, si ce dernier a réussi à influencer les pensées de Banner, qui ne dit que ce n’est pas lui qui pousse Bruce à construire un transformateur gamma afin de se débarrasser du chétif savant.

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©Marvel Comics

Après cette jolie parenthèse, David connaît à nouveau une petite baisse de régime puisque sa série se retrouve embarquée dans le bordélique crossover Acts of Vengeance (363).
Peu inspiré par le pitch échangiste du cross, il conte une confrontation un peu mollassonne entre Hulk et la Gargouille Grise.
Il faudra attendre les annuals-crossover « Lifeform » pour que le scénariste trouve comment utiliser ces contingences éditoriales envahissantes afin de nourrir sa propre série.

Afin de faire passer la pilule, et comme un Brian Bendis dans ses moments de panne d’inspiration, il décide d’injecter encore plus d’humour acerbe au travers des dialogues comme dans cette bulle de pensée hilarante de Fatalis.
Il utilise aussi certains gags à la limite du cartoon comme cette scène où la Gargouille écrase le béhémoth gris et qui rappellera au plus jeunes lecteurs un fameux épisode du Punisher de Garth Ennis.
Histoire que cet épisode ne soit pas totalement inutile, il continue de développer son intrigue puisque Sterns déclare à Banner qu’il connaît son secret et décide de l’aider.
Intrigue qui trouve sa résolution juste après au sein de l’arc Countdown (364-367).

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©Marvel Comics

Cette saga agit comme un miroir de Ground Zero tout en montrant les progrès qu’à fait David depuis son coup d’éclat inaugural.
Elle reprend la structure d’une course contre la montre de Hulk afin de stopper le plan machiavélique d’un vilain, chaque épisode étant le prétexte à un affrontement avec un nouvel opposant.
Mais c’est aussi un reflet inversé puisque Hulk ne doit pas sauver des gens mais sa propre vie.
Pareillement, cette fois-ci le grand cerveau est un vilain inédit tandis que les sparring-partners sont des adversaires classiques de Hulk qui intervienne pour une bonne raison et non parce qu’ils croisent son chemin, l’histoire de David étant ainsi d’une construction inattaquable (là où Ground Zero pêchait un peu sur ces points en jouant parfois de coïncidences heureuses qu’on raccroche à la fin).

Tout commence par l’attaque de l’Abomination sur le lieu de travail de Bruce Banner.
Reconnaissant sa némesis, l’ancien espion communiste provoque un accident accélérant la transformation en Hulk afin de prendre sa revanche.
Pris de mystérieuses crises cardiaques Hulk n’en réchappe qu’en plongeant son adversaire dans des déchets toxiques (ce qui explique l’aspect de l’Abomination dans les épisodes de Dale Keown avant de s’écrouler.
L’armée est avertie et dépêche Doc Samson sur les lieux qui revient donc dans la série et sera dorénavant à la poursuite de Banner afin de le guérir.

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©Marvel Comics

Mais Hulk parvient à s’échapper et part trouver Red Richards afin de faire le point sur son état de santé.
Après quelques examens, le leader des Fantastic Four révèle à Hulk qu’il est victime d’un forme mutée du virus du sida (?!) et qu’il mourra à l’aube en redevenant Banner.
Pensant l’Abomination responsable, il décide de lui soutirer des réponses mais est enlevé par le Leader et ses nouveaux hommes de main.
Sauf que cette fois-ci l’homme-pop-corn débarque pour jouer les bons samaritains.

Il révèle que c’est Phillip Sterns (son frère) qui a infecté Bruce et que c’est lui-même qui a envoyé l’Abomination accélérer la transformation en Hulk afin de lui sauver la vie.
Le Leader demande à Hulk de libérer son frère de l’influence de son malfaisant commanditaire, un vilain dénommé Madman.
Lors de la confrontation finale, Phillip se révèle être Madman et Bruce, guéri, fait preuve d’un sadisme n’ayant rien à envier à Hulk.
Ayant infecté Sterns durant le combat, il repose le remède hors de portée du mourant avant de partir.

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©Marvel Comics

Cette saga est très riche et se distingue sur plusieurs points.
Le plus prégnant est bien sûr la réintroduction de la galerie classique du géant gris : l’Abomination, Samson, la Chose, le Leader…
Il y a bien sûr toujours des moments et des répliques hilarantes comme lors de la confrontation avec Miss Chose ou la séquence de « torture » de l’Abomination et qui surlignent bien tout le côté grand-guignolesque des superslips.

Il y a aussi le drame qui couve toujours sous la glace puisque même si l’on sait que notre héros va s’en sortir, PAD n’hésite pas à le pousser dans ses derniers retranchements comme lors de cette saisissante séquence d’un Hulk à l’article de la mort.
Et que dire de cette conclusion glaciale en écho à la théorie qu’avait émis peu avant Phillip Sterns et qui affirme en substance que Banner est mort lors de l’explosion et qu’il n’est plus qu’une enveloppe de chair pour Hulk.

Surtout David joue encore une fois des reflets déformés avec la figure de Sterns/Madman, sorte de version grotesque de Banner/Hulk.
Fervent admirateur de Banner, Sterns s’est soumis volontairement à d’intenses traitements gamma afin de ressembler à son modèle jusqu’à en perdre toute raison.
Sa schizophrénie galopante digne d’un Gollum/Smeagol, ses changements de formes incontrôlés suivant le cours de ses sautes d’humeurs et le funeste destin de Sterns (une effondrement psychique) agissent comme une prémonition d’un futur bien sombre pour notre héros.

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©Marvel Comics

David entretient ici un double mouvement entre le passé et le futur de la série démontrant qu’il a bien étudié ses classiques et qu’il sait où il va sur le long terme.
Ainsi donc de Madman qui repose le postulat classique de la série tout en annonçant l’épisode 376.
Idem pour la réintroduction de Samson et de l’armée qui font partie du background habituel de la série et construisent l’intrique courant jusqu’au 377.
Et pareil aussi avec la figure du Leader dont la troupe de freaks permet de lever le voile sur le destin des survivants de Middletown tout en posant les fondations de la saga Ghosts of Future Past qui se concluera au numéro 400.

Dernier point et non des moindres, l’énorme bond qualitatif du graphisme qui ouvre une période de dessins agréables à l’oeil qui ira jusqu’à l’épisode 425.
Le premier changement, c’est l’arrivée aux couleurs de l’excellente Glynis Oliver dont la palette pimpante et saturée contraste avec celle fade de Petra Scotese et qui va immédiatement redonner des couleurs à la série (huhu).
Jeff Purves effectue lui-même son meilleur travail sur la saga Countdown en faisant montre de singulier progrès.

Mais il est totalement éclipsé par l’arrivée d’un petit jeunot au numéro 367, Dale Keown sur lequel nous reviendrons plus en avant prochainement.
Bien que Keown détesta l’encrage de Marie Severin, il fait immédiatement preuve d’une maîtrise et d’une puissance dans son dessin qui impressionnent David et son éditor, Bobbie Chase.
Histoire de confirmer le renouveau graphique de la série, les 4 couvertures de la saga Countdown sont confiées au grand Walt Simonson, matière d’attirer le chaland et de confirmer que quelque chose se passe ici… et ce n’est que le début!!!

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©Marvel Comics

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