2099: The World of Tomorrow (of Yesterday), Graphic Nuggets, Marvel Extravaganza

In The Hall of the Mountain King (Doom 2099 I)

 

Doom1
©Marvel Comics

Pitch : « Une nuit d’orage, un Doom souffrant d’amnésie partielle réapparait dans la Latvérie de 2099 et entame sa reconquête du pouvoir et de sa mémoire. »

Troisième série lancée, Doom 2099 semble au début constituer une étrangeté au sein du label car ne reposant ni sur l’adaptation d’une tête d’affiche de l’époque (Spider-Man, Punisher) ni servie par des noms prestigieux ( Stan Lee, Peter David, Pat Mills, Rick Leonardi).
Malgré tout, pour qui a suivi les précédents articles, la présence d’une série consacrée au tyran de Latvérie n’est pas si incongrue que cela et s’avère en fait être un reliquat du projet original World of Tomorrow.

Au final, Doom 2099 se révèlera rapidement comme étant la série à la fois la plus passionnante à suivre et à la fois la plus importante et impactante de cet univers tout neuf.
Comme toutes les autres séries, on peut la diviser en 2 périodes (logique vu que c’est dans la série Doom que va se produire le changement majeur qui s’étendra ensuite aux autres séries) correspondant chacune à un scénariste. Et on commence tout de suite avec la période écrite par John Francis Moore.

Doom5.jpg
©Marvel Comics

Moore (aucun lien de parenté avec l’auteur dont on ne doit pas prononcer le nom. Non! Pas Prince!) est un scénariste alors tout frais émoulu dans le monde des comics, et  principalement connu pour ses collaborations avec Howard Chaykin (des épisodes de la série TV Flash et un des meilleurs Elseworlds de Batman dont nous parlerons bientôt).
JF Moore développe ici son premier run important (par la durée) en compagnie du vétéran Pat Broderick aux dessins.

La série de Moore se distingue du lot durant 25 numéros de par son développement maitrisé de bout en bout qui satisfera tant les amateurs du bon docteur que les personnes appréciant les histoires bien troussées et remplies de personnages fascinants.
Il faut cependant retrancher de cette liste deux fill-ins, zappés à l’époque par Semic, écrits et dessinés par le grand Ernie Colon dont les participations à l’univers 2099 seront traitées dans un autre article.

Autant le dire tout de suite, la série s’avère très difficile à résumer de par le nombre de protagonistes impliqués, de lieux visités, de mystères (pas pourris) disséminés, de thématiques abordées et d’actions formant un tout en constante évolution.
La lecture de ces deux première années est néanmoins fort agréable de par la clarté et le rythme non précipité de l’histoire qui pose patiemment les briques de la conquête de Doom et les révélations sur son identité épisode après épisode.

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©Marvel Comics

Le premier arc  en 4 épisodes introduit tranquillement les bases de la série dans un récit quand même bien pêchu et sans temps mort qui nous conte l’arrivée d’un Doom à la mémoire endommagé dans la Latvérie de 2099.
Mais dès le premier épisode, les certitudes du lecteur sont mises à mal.
Est-ce bien le vrai Doom dont nous suivons les tribulations ici ?
Outre sa mémoire fluctuante, Doom se voit démasqué dans une scène du premier épisode nous permettant alors de voir un visage assez jeune et absent de toute cicatrice jetant ainsi le doute sur l’identité du principal protagoniste.

Ce « mystère identitaire » (véritable virus des séries marvéliennes durant les nineties) constitue donc le principal fil rouge de ces deux premières années sans être pesant pour autant, l’auteur sachant aussi définir son personnage par d’autres ficelles.
La principale ficelle se trouve dans le jeu de miroirs qui s’effectue entre Doom et le supporting cast dont chaque personnage reflète une facette du héros.
Nous avons ainsi aux côtés de notre « héros » le hacker Wire pour le côté technologique, Vox et Fortune pour le mysticisme, Xandra en réminiscence de son passif avec les autres monarques de l’univers Marvel que furent Black Panther ou Namor, Poet pour l’ambiguïté, Fortune et l’ensemble du clan Zefiro afin de remettre au premier plan les racines gitanes de Doom et même l’antagoniste Tyger Wylde en reflet outrancier du dictateur de la Latvérie.

Comme par un reflet (huhu) de cet état de fait, le dessinateur Pat Broderick « redesigne » l’armure de Victor, dans une version rappelant celle imaginée par Walt Simonson lors de son run sur les Fantastic Four, et en donne une expression extrêmement scintillante et métallique, quasi vierge de toute couleur.
Un aspect proche du miroir même et qui renforce cette thématique de la série, les cases n’étant d’ailleurs pas avares en reflets en tous genres sur l’armure du héros.

Heureusement, le supporting cast entourant Doom n’est pas une troupe de pantins servant juste à lancer l’action ou à donner le réplique au héros.
Chaque personnage possède ainsi une identité bien définie, un but et un agenda propre  pas nécessairement dépendant du protagoniste principal qui amènera tout ce petit groupe à se séparer et reconstituer plusieurs fois au cours de l’histoire.
L’auteur pousse même parfois l’ironie à faire de la tête d’affiche un personnage secondaire de la série au bénéfice d’un autre.

Finalement débarrassé de la rivalité Doom-Richards (on est dans le futur, remember?) et d’un historique compliqué (merci l’amnésie… à moins que…), l’auteur peut se permettre de creuser les différentes facettes de son héros et d’accomplir le tour de force de les lier en un portrait complexe et cohérent qui en fait probablement la version la plus définitive du tyran masqué.

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©Marvel Comics

En parallèle, la série est marquée par la thématique du pouvoir, et le sera encore plus avec le prochain auteur, de sa conquête, de sa gestion..
Ceci paraît une évidence avec un tel personnage mais ne fut finalement que rarement abordé dans les autres apparitions du bon Docteur au fil des décennies et le plus souvent de manière très superficielle.
Ici, Moore confirme l’adage selon lequel « la connaissance c’est le pouvoir » en confrontant à chaque fois son héros à de nouveaux aspects de l’univers 2099, sa quête dépendant à chaque fois dans sa capacité à comprendre et à maitriser ce nouveau monde qui s’ouvre à lui.
De plus, l’arrivée de cet anachronique voyageur intervient comme un chien dans un jeu de quilles dans le petit monde jusque là bien huilé des méga-corporations nous permettant alors d’enfin découvrir plus profondément l’aspect géo-politique de cet univers.

Car, et c’est la petite cerise sur le gâteau, pendant que David fait du soap (de qualité), que Lee sucre les fraises et que Mills/Skinner s’auto-caricaturent, JF Moore s’impose en véritable architecte de cet univers partagé.
Là où les trois autres premières séries restent concentrées à New York, chaque aventure de Doom sera une invitation au voyage, à l’aventure et permettra de développer le background de l’univers 2099 en lui donnant enfin une véritable originalité.
Nous citerons juste ici la ville de Myridia comme exemple mais dont nous ne vous dirons cependant rien ici afin de vous laisser la surprise de découvrir son aspect et son fonctionnement.
La série Doom 2099 occupe donc ainsi dans ce monde la place qu’occupa à l’origine la série Fantastic Four dans l’univers Marvel classique, jeu de miroir savoureux encore une fois.

De son côté, Pat Broderick (sur lequel nous reviendrons aussi de manière plus poussée dans l’article concernant son graphic novel) accomplit ici certainement la meilleure prestation de sa carrière.
Vieux routard ayant entre autres travaillé sur Captain Marvel (le kree) et les Micronautes, Broderick est un artisan besogneux mais, disons le tout net, pas un dessinateur très passionnant.
Il ne se départit pas ici des ses défauts habituels comme des personnages patauds, voire parfois carrément disgracieux, et de sa tendance à mettre trop de traits qui donne l’impression que la peau humaine est couverte du « seyante » fourrure.
Il parvient néanmoins cette fois-ci à tirer son épingle du jeu et parvient à surprendre le lecteur en accomplissant un excellent travail sur le personnage principal, sur les décors et véhicules futuristes et sur le bestiaire de créatures excentriques de la série.
Le virus informatique vivant Fever constitue d’ailleurs l’une de ses plus belles réussites avec l’armure de Doom bien évidemment.

Doom4
©Marvel Comics

Petit survol (de très haut) de ces 2 premières années de la série :

Arc1 (4 épisodes) : apparition de Doom, rencontre avec le clan Zefyro et reprise de la Latvérie des mains de Tyger Wylde.

Arc 2 (5 épisodes plus 1 fill-in se plaçant entre les 2 derniers épisodes) : histoire un chouïa trop longue se déroulant dans le Cyberespace où Doom et Wire doivent purger l’armure de Doom du « virus » intelligent Fever envoyé en représailles par le dirigeant de la corporation Pixel, DeVargas, suite à une action de Doom dans le 1er arc.
Si l’histoire aurait pu se voir couper d’un chapitre ou deux, elle regorge d’idées en tous genres qui plairont aux amateurs de cyberpunk, de nouveaux personnages intrigants (Paloma, Duke Stratosphere) et entame la montée en puissance du héros qui acquiert un contrôle occulte de Pixel au sortir de cette aventure.

Arc3 (3 épisodes) : histoire oscillant entre Frankenstein et Futurama qui vaut plus pour la découverte du Wakanda 2099 que par son originalité.
Doom voit un de ses alliés se retrouver dans les cercles de pouvoir d’une des nations les plus avancées technologiquement à la fin de ce récit.

Arc4 (1 épisode) : Un stand alone ultra riche en idées en tous genres mettant en avant le côté mystique de Doom.
Un des meilleurs épisodes de la série.

Arc5 (1 épisode mais en fait 5 si on compte les autres séries) : Doom prend part au crossover La Chute du Marteau qui voit la société Alchemax recréer le panthéon asgardien afin de contrer l’apparition des héros 2099.
Le crossover s’avère agréable de par sa brièveté et de par son postulat à base de manipulation des médias et de pouvoir des sectes sur les esprits.
Doom sort comme le grand vainqueur du crossover puisqu’il récupère la cité des « asgardiens » qui devient dès lors sa nouvelle base.

Arc6 (3 épisodes + 1 fill-in entre les 2 premiers) : L’arc le plus cosmique de la série qui tire franchement sur l’hommage à Kirby, impression renforcée par les designs de Broderick, où Doom vit une rencontre du 3ème type qui plante les graines du recouvrement de sa mémoire

Arc7 (3 épisodes) : Doom se retrouve en Terre Sauvage et Moore en profite pour mettre son héros à nu dans tous les sens du terme, le scénariste en profitant pour paver le chemin vers son arc final en commençant à lever le voile sur le pourquoi du comment de son amnésie.

Arc8 (4 épisodes) : Suite aux dernières révélations, Doom s’engage dans la dernière ligne droite et le dernier conflit qui lui permettent de résoudre le mystère de son identité.
L’histoire est écrite à quatre mains sur les deux derniers épisodes par Moore et son successeur, dont nous tairons le nom pour l’instant.
Les détracteurs pourraient qualifier de « DeFalcien » et les admirateurs de « Morrissonien » de par sa conclusion très ambiguë pour le lecteur puisque pouvant se comprendre de deux manières différentes.

A la fin du 25ème épisode, notre héros ressort de ces épreuves avec une identité (re)trouvée et un pouvoir accru.
Les auteurs entérinent le nouveau statut de Doom en étrennant une nouvelle armure inspirée de trèèèèès loin de celle des origines afin que celui-ci puisse partir sur de nouveaux et excitants chemins qui seront construits par un jeune scénariste anglais arrivé depuis peu chez Marvel.

Apparue comme un curiosité au sein de ce nouveau label, la série Doom 2099 a non seulement trouvée sa place mais elle est aussi devenue par l’excellence de son équipe créative la véritable locomotive de cette univers, fait que le nouveau scénariste confirmera.
Dans cette seconde période, le nouvel auteur donnera à Doom 2099 ce qui pourrait bien être ses plus belles pages mais signera aussi d’une certaine manière la mort des autres séries.

La suite par ici

DoomSketches
©Marvel Comics

1 réflexion au sujet de “In The Hall of the Mountain King (Doom 2099 I)”

  1. Je crois avoir suivi de loin cet univers. Rien ne me plaisait vraiment, et même si je reconnais que Spider-Man 2099 fut la meilleure performance de Leonardi… Rien n’y faisait. (Encore moins les X-Men de Lim plus tard ni la courte mais excellente prestation de Bachalo sur Ghost Rider 2099)
    Et ce ne sont malheureusement pas les dessins de Broderick qui m’aidèrent à passer outre l’aversion d’un univers qui ne m’inspirait pas grand chose. Du coup, je ne connais rien de l’identité de ce Doom dont les premiers numéros jouaient, de mémoire, sur une certaine ambiguïté (Doom voyageur temporel amnésique? Ou juste un gars schizo?) , et je ne sais pas du tout ce que vaudra la succession de ce jeune scénariste anglais. Mais ça, je suis curieux de lire bientôt.^^

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