Graphic Nuggets, On the Run(s), Vert de Gris

Interlude III: Des squatteurs dans la maison (Lifeform – Annuals 1990)

HulkAnnual16
©Marvel Comics

Le succès de la reprise de Hulk par Peter David permet au héros de bénéficier à nouveau d’annuals pour sa série après 3 années où Marvel avait préféré ne pas en publier.
Ce fut une chance pour le scénariste qui n’eut pas à se fader les ennuyeux et interminables Atlantis Attacks et Evolutionary War.
Marvel a aussi pris aussi acte de la lourdeur de ces events annuels tant il était difficile de brasser l’ensemble de ses titres au sein d’un seul et même crossover, l’inclusion de certaines séries ayant parfois été complètement capillotractée.
La compagnie trouve la solution en décidant à partir de 1990 de voir les choses à plus petite échelle.

Dorénavant ce ne sera plus un crossover courant sur tous les titres mais une multitude de mini-cross regroupant 3-4 séries ensemble.
Cette politique est doublement gagnante pour Marvel puisqu’elle facilite la tâche des auteurs (tout du moins en théorie) et permet de vendre plusieurs events à la fois.
Malheureusement, le niveau continuera d’alterner entre l’horrible et le pire comme on peut s’en rendre compte au travers des belles bouses que furent Days of Future Present, Shattershot ou autres Citizen Kang.
Et Lifeform n’échappe pas à la règle avec une intrigue mal fichue et prétexte à de « jolis »
débordements grim n’ gritty.

Le crossover se lit donc comme suit :

  • Punisher Annual 3 (Mike Baron/Neil Hansen)
  • Daredevil Annual 6 (Gregory Wright/Cam Kennedy)
  • Hulk Annual 16 (Peter David/Angel Medina)
  • Silver Surfer Annual 3 (Jim Starlin & Ron Marz/Ron Lim)

Le plot tient sur un timbre poste:

« Un pauvre type vole un virus expérimental mais, suite à un accident, il se retrouve infecté et se transforme en une nouvelle forme de vie indestructible et en perpétuelle mutation qui se tatane avec chaque slip croisant son chemin. »

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©Marvel Comics

Mike Baron initie l’histoire avec son habituelle tambouille à base de sous-Cannon et son Punisher ramboïde monolithique qui provoque l’infection du voleur avant de le napalmer.
Avec l’annual de DD on s’enfonce dans le Gn’G le plus bête possible avec un Greg Wright qui délaisse son poste de coloriste pour se déclarer scénariste.
Le sieur est tellement « inspiré » que son segment à base de sang, de meurtriers à la langue pendante, de tortures, de suicides et de psychopathes vient envahir les backups.
Relevons quand même la prestation du dessinateur Cam Kennedy qui propose une jolie synthèse entre Gene Colan, Lee Weeks et David Mazzuchelli.

La conclusion de Jim Starlin et Ron Lim sonne comme un constat d’échec puisqu’il ne résout rien tout en faisant montre d’un pessimisme presque sadique et assez WTF !
Donc, le Surfer préfère laisser pourrir le pauvre Lifeform sur une planète inhabitée sous prétexte qu’il ne veut pas le tuer.
Aller faire le tour de ses amis scientifiques, magiques, aliens ou cosmiques pour trouver une solution ?
Ah ben non, il faut croire que la caboche argentée du Surfer est trop vide pour y penser.

Au milieu de cela, l’annual écrit par Peter David tranche totalement tant par son ambiance que par sa qualité.
Le scénariste a enfin trouvé la formule magique qui lui permet d’utiliser les crossovers les plus pourris pour continuer à nourrir ses séries.
La première qualité de cet annual est donc de parfaitement s’intégrer dans la trame d’ensemble tout en étant parfaitement indépendant, David effectuant un joli boulot pour donner toutes les informations nécessaires au lecteur sans lourdeur.

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©Marvel Comics

PAD prend aussi le contrepied de ses confrères puisque même si l’épisode n’est pas avare en bastons il le place sous le sceau de la psychologie et du théatre.
Ainsi l’histoire nous est contée sous forme de mise en abyme par un Lifeform qui effectue ici une introspection, une confession, une auto-thérapie face au lecteur mais aussi face à un personnage qui ne sera révélé qu’en dernière page.
Le torturé Lifeform conte sa vie et sa rencontre avec l’entité Mercy, apparue précédemment dans Hulk 338, qui dans sa volonté d’aider le malheureux décide de le confronter à un homme partageant les même douleurs : Banner/Hulk.
Par ce procédé, le scénariste permet d’enfin donner une profondeur au personnage de Lifeform et de dépasser le statut de simple créature grotesque et tueuse.
Le personnage s’avère extrêmement touchant tout en agissant une fois de plus comme un miroir face à Hulk.

Le personnage de Mercy gagne aussi en complexité puisqu’elle commence à se poser des questions sur ses actions et si elle prend encore une vie, elle en sauve aussi une au passage.
Bien sûr, Hulk reste toujours la vedette et ce drame à trois sur la scène d’un théatre en ruine permet de faire tomber les masques de chacun et de confronter le géant gris face à ses peurs, ses limites et ses aspirations.
Au bout du compte, Hulk fera un nouveau pas de plus vers Banner en (s’) avouant que leurs destins et leurs psychés sont liées.
Comme souvent dans les meilleures histoires de David, l’auteur en profite pour glisser un marqueur social en posant cette fois-ci la question de l’euthanasie.
Il ne pose aucun jugement, même si sa position est visible pour des yeux attentifs, et préfère laisser le lecteur face à ses propres choix et interrogations.

L’histoire est aussi parfaitement mise en image par le débutant Angel Medina dont c’est le premier contact, mais pas le dernier, avec Hulk.
Motivé à l’idée de prouver ses qualités, il effectue ici une de ses meilleures prestations, loin de l’inconstance dont il fera preuve par la suite.
Bien évidemment, il excelle dans la représentation des monstres dégoulinants, des musculatures surpuissantes et des bastons déchainées.
Mais il n’en oublie pas pour autant de souligner le comique ou le drame par un usage habile de la gestuelle et des expressions de ses personnages.
Il montre même un joli sens de la composition et de la narration au sein de ses pages où Lifeform conte son histoire en rendant chaque case intéressante.

Une très belle réussite enfin disponible en VF dans les intégrales Panini et qui montre que Peter David a compris qu’utiliser un crossover pour servir sa série plutôt que le contraire s’avère être la solution la plus payante.

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©Marvel Comics

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