Strange Cultures, Virtual Insanity

Distant Noises, Other Voices (Hellblade: Senua’s Sacrifice)

Senua
©Ninja Theory

« Senua, guerrière picte souffrant de troubles psychotiques, entame une descente en Hel afin de récupérer l’âme de son bien-aimé massacré par les vikings »

Si Life is Strange fut LA claque de 2015, Hellblade fut définitivement celle de 2017.
Le tout petit studio Ninja Theory a réussi l’exploit de sortir ce qu’on pourrait appeler un « blockbuster indépendant ».
A moins que ce ne soit une oeuvre indé à très gros moyens, difficile de trancher.

Déjà, c’est graphiquement sublime avec une véritable atmosphère réellement épique, barbare et putride et plus l’on progressera plus on sera confronté à une vision de Hel (l’enfer viking) vraiment dantesque et foutant des frissons dans le dos.
On admirera d’ailleurs le travail de recherche historique et mythologique vraiment bien mené pour apporter une crédibilité sans faille à l’univers du jeu.

Ensuite, l’histoire entremêle habilement la dimension mythologique avec la sphère la plus intime de « l’Etre » et derrière le mythe d’Orphée et Eurydice revu à la sauce scandinave se cache une réalité bien plus profonde qui viendra parler à vos peurs les plus cachées, les plus personnelles.

Melina
©Ninja Theory

Le gameplay alterne pour sa part entre phases d’exploration, de combats et d’énigmes qui sont relativement bien équilibrées entre elles, en ce sens qu’aucune ne vient supplanter les autres.
On pourra d’ailleurs reprocher un léger caractère répétitif du gameplay au bout d’un moment, point heureusement compensé par la relative brièveté du jeu (entre 8 et 10 heures de jeu à peu près).
On peut aussi ergoter à propos d’une prise en main un peu hasardeuse au niveau des combats qui amèneront le joueur à mourir plusieurs fois.
Ce qui nous emmène à l’une des trouvailles géniales du jeu, le concept de mort permanente!!

Marquée par Hela, Senua verra une tâche grandir le long de son corps à chaque fois que vous mourrez et lorsque celle-ci viendra à recouvrir son visage, la mort sera définitive quelle que soit votre sauvegarde et vous serez bons pour recommencer le jeu depuis le début.
Si cela peut paraître injuste, cette idée entraine une véritable tension et un sens du danger oublié depuis longtemps dans le monde du jeu vidéo.
On se retrouve à véritablement combattre pour sa vie et chaque combat sera mené avec une hargne et une peur dont on n’a pas, ou plus, l’habitude.

Hellblade1
©Ninja Theory

L’autre idée, celle qui sous-tend tout le jeu, c’est de plonger le joueur directement dans les troubles psychotiques de Senua.
C’était d’ailleurs la volonté du créateur du jeu qui souhaitait réussir à faire partager, à faire ressentir, à s’immerger dans la peau des personnes souffrant de psychose.
On conseillera d’ailleurs de regarder le très intéressant making-of après avoir terminé le jeu et qui permet d’éclairer bien des choix qui sous-tendent autant le gameplay que l’histoire en elle-même.
On salue au passage l’énorme performance de la jeune Melina Juergens dans la peau de Senua.
Sa prestation est véritablement intense, juste et surprenante de la part d’une femme n’étant pas et ne voulant pas être actrice.
le prix décerné à celle-ci aux Game Awards 2018 est amplement mérité tant elle donne vie à son personnage et créée une véritable empathie du joueur pour celui-ci.

Mais outre le jeu de l’actrice, tout est fait pour te plonger dans cette expérience avec un bon nombre d’hallucinations et d’effets visuels déstabilisants et surtout un travail de grande tenue sur la bande son.
Il est d’ailleurs nécessaire de jouer avec un casque afin de profiter d’une immersion totale avec les voix intérieures tourbillonnantes de Senua qui harcèlent le joueur en venant lui murmurer (ou crier) dans le creux de l’oreille en permanence, renforçant ainsi le lien avec le personnage principal.

Hellblade 3
©Ninja Theory

Tous ces éléments concourent à provoquer un véritable et puissant inconfort qui permet de mieux comprendre ces troubles psychiques et certaines séquences et phases de jeu réussissent à provoquer de véritables peurs, de véritables angoisses chez le joueur.
Non pas des petits jump scares mais la peur, la vraie, celle que l’on peut ressentir durant l’enfance lorsqu’on éteint la lumière et que notre imagination commence à nous jouer des tours: peur du noir, de l’abandon, du bruit, du silence…
Vous voilà prévenus; si vous êtes fortement paranoïaque ou sujet à des crises d’angoisses, allez-y avec des pincettes.

Bref, une expérience en soi, une vraie… et qui démontre une fois de plus les immenses potentialités du média vidéoludique, capable de s’aventurer là où les autres formes d’arts ne sont pas capables d’aller, ou tout du moins pas aussi loin, grâce à sa capacité à toucher la partie « psycho-sensitive » du joueur.
Indispensable!!!!
Et disponible sur toutes les plates-formes, alors n’hésitez pas et succombez à la folie!

Hellblade 2
©Ninja Theory

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