DC Extravaganza, Graphic Nuggets, Living at the Edge of the Worlds, Par Défaut

Batman : The Blue, the Grey and the Bat (Elliot S! Maggin / Alan Weiss / Jose Luis Garcia-Lopez)

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©DC Comics

Outre Elliot S! Maggin et Jose Luis Garcia-Lopez, déjà dont nous avons déjà parlé ici, cet article nous permet de revenir brièvement sur la carrière d’Alan Weiss.

Etant un artiste discret, peu d’informations ont filtré concernant la carrière d’Alan Weiss né le 7 mars 1948 dans l’Illinois.
Dessinateur dont les forces résident principalement sur la maîtrise de l’anatomie humaine et le sens du détail, Weiss commence sa carrière tout d’abord au sein des diverses anthologies (Creepy, Eerie…) de Warren Publishings.
Ces débuts préfigurent ce que sera la suite de l’évolution professionnelle de Weiss qui, à quelques exceptions près, officiera principalement sur des séries déconnectées ou bien à la marge des superslips.

Ayant la frénésie d’une puce, il passe d’une série à l’autre et on le voit officier aussi bien chez Warren que chez National Lampoon, sur les magazines anthologiques de DC (House of Secrets, Weird Worlds consacré aux créations de l’écrivain Edgar Rice Burroughs…) ou de Marvel (Dracula Lives, Savage Sword of Conan…), des séries kung-fu (Shang-Shi et Richard Dragon) ou des passages météoriques sur nos chers slips (Avengers, Spider-Man, Superman…).

Weiss
Alan Weiss

De ces seventies agitées, on peut retenir un très bel épisode de Sub-Mariner, sa participation au 1er comic-book consacré au groupe Kiss et pour lequel il signe une très belle couverture peinte (l’ensemble de ses couvertures des 70s sont d’ailleurs toutes superbes) ainsi qu’un épisode inédit de Warlock dont les pages furent oubliées dans un taxi et dont seules une partie furent retrouvées presque 40 ans plus tard.
Ces pages constituèrent d’ailleurs le bonus du second volume des Marvel Masterworks consacrées à Adam Warlock.

On peut aussi rapidement citer sa participation à une relance du Captain Marvel de DC sous une orientation plus  « réaliste » et à la création du personnage de Calypso (la meuf de Kraven le chasseur utilisée dans le Spider-Man de Todd McFarlane).
Il faut néanmoins attendre l’année 1986 pour voir Alan Weiss se poser un peu plus longtemps sur une série : Steelgrip Starkey.
Nulle surprise à cela puisque ce comic book est publié sous le label Epic et que les droits appartiennent à son créateur.
Reste le terme longtemps est tout relatif puisqu’il s’agit d’une mini-série en 6 épisodes.
Passé cela, Weiss se fait plus rare jusqu’à ce Elseworlds censé remettre son talent en lumière et dont, outre les dessins, il écrit le scénario en collaboration avec Elliot S! Maggin.

Après le DC Graphic Novel Star Raiders, Maggin a continué quelques temps sur son personnage fétiche, Superman, avant que la relance de ce dernier par John Byrne et Marv Wolfman ne le pousse vers la sortie.
Il se consacre alors pendant quelques années à d’autres activités comme l’enseignement, l’élevage de chevaux et les cours de ski.
Mais surtout, Maggin est un fervent démocrate et passe le plus clair de son temps à s’engager auprès des candidats new-yorkais du parti.
Il faut attendre 1989 pour le voir revenir aux comics avec quelques piges chez DC, où il devient aussi editor des séries licenciées TSR (Dungeons & Dragons), mais surtout en étant aux manettes du clone « supermanien » de Neal Adams pour sa compagnie Continuity Comics, Megalith.
Autant dire que ce Elseworlds constitue aussi pour lui une occasion de revenir sous les projecteurs.

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©DC Comics

« Pendant que les Etats-Unis sont pris dans les feux de la Guerre de Sécession, Abraham Lincoln s’inquiète de la disparition de plusieurs chargements d’or et dépêche son meilleur agent vers l’Ouest Sauvage pour résoudre ce mystère : le Bat-Man. »

Hé bé !! C’est pas fameux tout ça !! C’est même, disons-le tout net, une belle bouse !!
Les deux scénaristes se prennent complètement les pieds dans le tapis avec un one-shot court mais bizarrement interminable dès lors qu’on essaie de le lire.

Certes, l’idée initiale n’est pas plus bête qu’une autre, à savoir reconnecter Batman à ses raçines Western en retournant vers l’un des modèles du personnage : Zorro.
Cette influence est là à tous les niveaux y compris dans la relation que le héros entretient avec son cheval (noir, évidemment) et au fait que son arme de prédilection est le fouet.
Sauf que la caractérisation est totalement à l’ouest avec un Bruce Wayne falot, sans une once de charisme ou d’intelligence.
Vous voyez la comédie de playboy écervelé que Wayne s’amuse à jouer dans l’univers DC classique, et bien là c’est sa vraie nature.
Un beau héros naïf, pas très malin, dont les talents de détective consistent à tataner les méchants et attendre que ses adversaires fassent le premier pas.
C’est Don Diego de La Vega sans aucune réflexion, il accomplit la mission qu’on lui a donné, il court la gueuse, il fait pan-pan et il passe son temps à afficher un large sourire béat de consommateur d’herbe qui fait rire.

Le reste du casting est à l’avenant avec un Robin indien qui ne sert pas à grand chose et dont la quête est résolue par un coup bien pratique du hasard, ou plutôt de scénaristes qui ne se foulent pas trop.
Les figures historiques, Mark Twain et Wild Bill Hycock, ne servent à rien sinon à marcher encore une fois sur les traces du Wold Newton mais sans idée directrice derrière et s’avèrent avoir une personnalité aussi fine qu’une feuille de papier rizla.
Au lieu de donner du poids et une certaine crédibilité à ce monde, comme ce fut le cas pour Gotham by Gaslight, elle dessert complètement le récit et fait d’eux et de Robin une sorte de commando à la Mission Impossible ou Agence Tous Risques rendant le tout assez kitschissime (mais malheureusement pas assez pour être drôle).

Les grands vilains derrière le vol d’or se devinent dès leur introduction même si on doit concéder qu’avoir donné ce rôle-là à ce genre de personnes est pour le coup assez original et semble montrer un certain désenchantement de Maggin quant à son passage dans le monde politique.
Intéressant mais malheureusement survolé de bien trop haut pour marquer le lecteur.
Le déroulement de l’histoire n’est pas mieux et les séquences s’enchaînent lentement comme les wagons d’un train devant l’oeil d’une vache attristée et sans réel souffle ou connexion permettant de construire un climax.
La narration échoue à rattraper cela avec des pavés tirés des journaux intimes de Lincoln ou Wayne mais qui ne font que décrire ce que l’on voit déjà dans les cases sans apporter aucune perspective ou ambiance qui permettrait de relever la sauce.

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©DC Comics

Le problème c’est que le graphisme ne rattrape même pas le tout et que l’on en arrive à se demander ce qui est arrivé à Alan Weiss.
Lui qui fut autrefois loué pour sa maîtrise de l’anatomie humaine rend une copie qui ferait mentir ses plus fervents admirateurs.
Si tout semble bien commencer avec la séquence d’introduction voyant Lincoln perdu dans ses pensées, tout s’écroule dès l’arrivée de Bat-Man.
A partir de là, on se retrouve avec des personnages à la physionomie… étrange, des types aux corps trop gros, raides et avec des têtes trop petites semblant placées un peu aux hasard sur les épaules comme si le tout avait été dessiné en deux temps ou était un collage.

Il faut ajouter à ça des designs assez cheap voire clichés, des personnages parfois difficilement reconnaissables vu que ce sont quasiment tous des bruns à moustache, un Robin qui change de coiffure au fil des pages encore plus souvent qu’une diva du R&B et on obtient un résultat pas loin d’un Western réalisé par Barry Sonnenfeld.
Cette dernière référence n’est pas innocente puisque, entre le scénario et les dessins, le tout fait penser à un très mauvais épisode des Mystères de l’Ouest ou à son adaptation cinématographique avec Will Smith de sinistre mémoire.
Et ne comptez malheureusement pas sur l’habituellement excellent Jose Luis Garcia-Lopez pour rattraper le tout car son style est ici quasiment imperceptible et il donne l’impression d’avoir encré ce one-shot durant ses pauses déjeuners.

En conclusion, ne vous laissez pas charmer par la jolie couverture parce que c’est le papier doré qui enveloppe un petit étron qui ne vaut pas qu’on investisse dedans.
Le premier faux pas de la gamme Elseworlds qui démontre que déplacer un héros connu dans une autre époque et y ajouter des figures historiques ne suffisent pas à composer une bonne histoire si on a pas une idée forte derrière.

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©DC Comics

2 réflexions au sujet de “Batman : The Blue, the Grey and the Bat (Elliot S! Maggin / Alan Weiss / Jose Luis Garcia-Lopez)”

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