Graphic Nuggets, On the Run(s), Red is the New Black

0/ Fortunate Son

JRjr

C’est finalement avec l’arrivée d’un dessinateur régulier que l’écriture d’Ann Nocenti va s’affiner, et son partenariat avec John Romita Jr constitue l’un des plus beaux couples artistiques du Marvel des années 80.
John Salvatore Romita Junior ou « Marvel à la maison ».
C’est peu de dire qu’il est un enfant du sérail entre un père entré au panthéon pour avoir participé à l’âge d’or de Spider-Man et une mère occupant un poste à responsabilités au département production de la Maison des Idées.

L’histoire est connue!
C’est en voyant son père dessiner son premier épisode de Daredevil qu’il tombe dans la marmite des comics et décide de suivre les traces de son géniteur.
Si ce dernier ne l’empêcha jamais de suivre sa voie, il n’essaya pour autant jamais de lui ouvrir des portes afin de ne pas être accusé de népotisme.
A la fin de l’adolescence, Junior réussit néanmoins convaincre Marie Severin de l’engager chez Marvel.

Cette dernière est alors en charge des premiers comics Marvel UK à destination du marché britannique.
Elle permet au jeune homme de se faire la main en dessinant des pin-ups pour ses magazines tout en en faisant son assistant.
A ce poste, il touche à peu près à toutes les étapes de la production d’un comic book, ce qui constitue finalement une bonne école lui permettant de réaliser que le plus important dans cette industrie est le respect des délais.
Après quelques travaux mineurs, il trouve son premier engagement au long cours en rejoignant la team David Michelinie et Bob Layton sur Iron-Man.

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©Marvel Comics

Si la série lui permet de se faire un nom auprès des fans, il reste qu’il ne brille pas encore vraiment.
Il faut dire que Layton possède un encrage très lourd, très visible et reconnaissable entre mille, et qu’il se sert des dessins de Romita comme de simples esquisses qu’il recouvre de son propre trait.
Néanmoins cela convient au dessinateur qui en profite pour se concentrer principalement sur son storytelling et le respect des délais, John Buscema lui ayant alors conseillé de savoir tomber au moins une page par jour pour survivre dans cette industrie.

Une fois ce run terminé, il se retrouve propulsé sur la série alors marquée par l’empreinte indélébile de son père: The Amazing Spider-Man
Autant dire que le challenge est difficile.
Encore plus difficile avec un Jim Mooney à l’encrage qui fait tout pour garder la série dans les clous du style de Romita père.
Il faudra attendre la fin de son run et une rotation quasi-permanente d’encreurs (Dan Green, Klaus Janson, Brett Breeding…) pour que Junior commence à affirmer un style tout personnel.
Malgré cela, c’est une période de grande qualité pour la série.

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©Marvel Comics

JRjr s’entend à merveille avec Roger Stern et les deux hommes collaborent étroitement pour livrer des morceaux d’anthologie comme le combat contre le Juggernaut ou la longue et haletante saga du Hobgoblin.
Lorsque Stern décide de partir suite à des embrouilles éditoriales typiques du Marvel de l’époque entre lui et son editor Tom DeFalco, Romita décide de quitter lui aussi la série.
Chance pour lui, l’excellent Paul Smith vient alors de lâcher le best seller X-Men pour une nouvelle virée en moto et JRjr se retrouve propulsé du jour au lendemain sur la série la plus en vue des années 80.

Malgré la longévité de son run sur les mutants (et la paie allant avec), ce n’est pas véritablement une période heureuse pour le dessinateur.
Il prend la relève d’un grand artiste et subit une volée de bois vert de la part des critiques et des fans qui n’arrêteront pas de demander son départ.
De plus, les délais sont tellement serrés qu’on en arrive parfois à des incohérences comiques comme le fameux épisode 200 qui se retrouve publié avant le voyage à Paris de l’équipe artistique censée y faire des repérages pour références.
Si JRjr laisse enfin poindre une véritable personnalité graphique, il ne maîtrise pas encore vraiment son art et ne réussit pas à livrer une performance aussi marquante que des John Byrne, Paul Smith, Marc Silvestri ou Jim Lee.

Il faut dire que Romita est bien à la peine avec des planches bondées de personnages et encore plus à cause de la prolixité galopante de Chris Claremont.
Un Claremont qui contrairement à ses autres collaborations sur les mutants, ne réussit pas à avoir d’atomes crochus avec son dessinateur.
Résultat des courses, Claremont règne d’une main de fer sur les scénarios et ne laisse aucune marge de manœuvre à un JRjr relégué au rand de simple exécutant.
Seule maigre concession de Papy, laisser Romita placer le combat du Juggernaut contre Colossus du numéro 183 dans un bar où ce dernier a ses habitudes.

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©Marvel Comics

C’est donc sans trop de regrets (autres que financiers) que JRjr quitte la série pour faire ce qui est à la fois la plus grosse erreur de sa carrière et sa meilleure opportunité, le lancement du New Universe et la série Starbrand.
Erreur parce que le New Universe est une Bérézina artistique et commerciale et que Jim Shooter, en pleine poussée mégalomaniaque, fait de Starbrand son autobiographie déguisée en décalque de Superman/Spider-Man/Green Lantern.
Chance parce que Junior obtient de travailler avec l’immense Al Williamson à l’encrage.
Ce dernier avait déjà réussi à sublimer quelques épisodes des X-Men et l’entente graphique avec JR est juste excellente, la finesse de son encrage contrebalançant à la perfection la puissance du dessinateur.

Si le dessinateur commence enfin à déployer ses ailes, c’est sans regrets qu’il quitte Starbrand et qu’il accepte la proposition de l’editor Ralph Macchio de travailler sur la série qui a déclenché sa vocation.
De l’aveu même de John Romita Junior, c’est sur Daredevil et grâce à Ann Nocenti qu’il s’est enfin révélé en tant qu’artiste.
En effet, la scénariste qui connaît bien le dessinateur pour avoir été son editor durant son run sur les X-Men, décide de travailler avec lui selon la Marvel Way.
Dorénavant, les deux personnes discuteront ensemble des scénarios, la jeune femme rédigeant ensuite un plot succinct que le dessinateur pourra mettre en scène à sa convenance avant qu’elle y ajoute les dialogues.

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©Marvel Comics

Face à cette nouvelle responsabilité, Romita Jr va atteindre un nouveau palier en jouant sur les possibilités de la narration et en intégrant les influences de Miller, de Kirby ou bien du cinéma.
De plus, les scénarios vont acquérir une nouvelle puissance puisée dans les différences existantes entre Nocenti et Romita.
La scénariste est clairement de gauche, utopiste, écolo et militante tandis que le dessinateur est beaucoup plus conservateur (aucune critique dans ce terme).
De leurs discussions sur la direction de la série, Nocenti va apprendre à introduire plus de nuances et de questionnements que d’injonctions pures dans ses scénarios.

Comme souvent dans les grandes collaborations (Lee-Kirby, Claremont-Byrne), c’est l’addition saine et constructive de ces différences qui permet à une série d’atteindre enfin sa plus grande période de qualité depuis le départ de Frank Miller, chose que nous découvrirons dans les prochains articles.

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©Marvel Comics

3 réflexions au sujet de “0/ Fortunate Son”

  1. La dernière image postée, avec Mephisto, est la preuve de la maturité de JrJr. Il est rare de voir un dessinateur proposer une version très personnelle d’un personnage, de s’en éloigner de la version « officielle » pour en imprimer une autre complètement personnelle ! Personne ne dessine ce personnage comme lui !

    Aimé par 1 personne

    1. J’adore cette version de Mephisto.
      D’une part, elle renvoie au serpent de l’Eden. Mais aussi, elle fait montre d’une belle réflexion de Nocenti et Romita sur la représentation de Mal.
      Le Mal c’est ce qui est au-delà de la compréhension humaine, ce qu’on ne peut expliquer, dont on ne peut donner une explication logique.
      Du coup, cette version totalement « aliénoïde » de Mephisto est totalement raccord avec le propos.

      Aimé par 1 personne

      1. Je me souviens avoir été surpris, tant cette représentation ne correspondait pas à ce que j’avais l’habitude de voir chez Buscema ou Byrne. Et je te rejoins totalement sur la réflexion autour du personnage.

        Aimé par 1 personne

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