DC Science Fiction Graphic Novels, Graphic Nuggets, Trans-America-Express

Préambule: Là-bas, Dans les Etoiles

DCSFGN.2
©DC Comics

Derrière ce titre en hommage à la sublime chanson de René Joly, nous abordons cette fois-ci la collection des DC Science Fiction Graphic Novels et la force vive derrière cette nouvelle salve d’albums au format européen, un homme qui marqua profondément la science fiction et les comics de son influence: Julius « Julie » Schwartz.

Né dans le Bronx en 1915, Julius Schwartz est LE geek originel, le genre de précurseur qui a pavé la voie pour toute une culture derrière lui de par son enthousiasme et sa foi sans faille qui lui ont permis de repousser les barrières et de faire avancer le médium qui nous intéresse.

Mais ne nous y trompons pas, le premier amour de Schwartz est la science fiction.
Passionné par l’édition et par tout ce qui touche à l’art écrit, notre ami est déjà un fervent lecteur de Dime Novels, et accessoirement associate editor du journal de son lycée, lorsqu’il tombe sur un exemplaire du magazine de S-F Amazing Stories.
C’est le coup de foudre immédiat entre le jeune homme et ce genre tourné vers l’avenir, le progrès social et scientifique, le dépaysement et l’imagination débridée.
Il se met dès lors à dévorer tous les romans, pulps et autres consacrés à sa nouvelle passion.

Toujours dans les pages d’Amazing Stories, il tombe sur une petite annonce d’un autre lecteur de New York qui vient de décider de fonder l’un des premiers fan clubs, si ce n’est le premier (les sources variant sur ce point): les Scienceers.
Si la candidature de Schwartz est tout d’abord refusée en raison de son jeune âge, il intègre finalement le club quelques mois plus tard et se lie bien vite d’amitié avec deux autres fans qui partageront avec lui de futures aventures, Forrest J. Ackerman et Mort Weisinger.

Les trois compères s’entendent si bien qu’ils lancent l’un des tous premiers fanzines consacrés à la S-F, The Time Traveller (inspiré du roman d’H.G. Wells), en 1931.
La revue évoluera au fur et à mesure du temps avant que Weisinger et Schwartz ne commencent à se sentir à l’étroit.
Si le premier franchit bien vite le pas vers l’écriture de ses propres nouvelles pour le compte d’Amazing Stories, Schwartz décide pour sa part de faire preuve d’innovation.
Jouant de ses contacts à la fois avec les éditeurs et les aspirants écrivains, il décide de devenir agent littéraire et lance en compagnie de Weisinger la Solar Sales Service.

En tant qu’agent, il représenta les intérêts de la crème de l’âge d’or de la science-fiction et la liste des noms garnissant son carnet d’adresse à de quoi faire rêver: Alfred Bester, Edmond Hamilton, H.P. Lovecraft, Ray Bradbury, Robert Bloch, les frères Otto et Earl Andrew Binder…
C’est d’ailleurs Alfred Bester qui permet à Schwartz d’intégrer le monde des comics.
Le  célèbre auteur se voit proposer un poste d’editor chez DC mais ne souhaitant pas sacrifier son activité d’écrivain,  décline l’offre et leur conseille de plutôt engager Schwartz.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et voilà donc notre ami assis derrière un bureau chez DC Comics, compagnie où il retrouve à nouveau Weisinger, devenu lui aussi editor, et où il accomplira le reste de sa carrière.
Il est dès lors aux premières loges pour assister aux mutations qui marquèrent la fin du Golden Age.
Ainsi, après avoir supervisé les aventures de super-héros pur jus tels que celles des 1ers Green Lantern et Flash, il est chargé de lancer la nouvelle gamme de Romance Comics de la compagnie, genre subitement en vogue depuis le lancement du Young Romance de Joe Simon et Jack Kirby, puis de l’introduction de son genre préféré, la science-fiction.

4654481-0946272619-Juliu
©DC Comics

De même, Schwartz assiste au déclin des super-héros une fois la 2de Guerre Mondiale terminée, déclin encore accéléré par la célèbre campagne anti-comics du docteur Fredric Wertham.
A l’exception des trois grands héros de la firme, les différents superslips quittent la scène les uns après les autres.
Malgré cette lente détérioration du marché, Schwartz a encore la « magic touch » puisqu’il donne naissance à la mode… des singes!!
Quelque soit le comic avec un singe en couverture que publie alors DC, il explose les ventes.
Dès lors, c’est la grande parade avec des singes ailés, intelligents, dorés, géants, miniatures…
Même une fois cette mode passée, DC conservera une part d’ADN simiesque dans son univers avec ses Gorilla Grodd, Congorilla ou autre Detective Chimp.

Et d’un coup, comme un éclair au milieu d’un ciel nocturne, Julius Schwartz créa le Silver Age.
L’histoire est connue sur la manière dont Schwartz, en compagnie des scénaristes Robert Kanigher, John Broome et Gardner Fox, revampa les héros de DC Comics et planta les graines de cet univers tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Ce fut tout d’abord la création du 2d Flash puis du 2d Green Lantern avant que les concepts ne s’enchaînent dans un élan créatif donnant naissance au nouvel Atom (inspiré de son ami Ray Palmer), à la Justice League… et même un renouveau créatif de Batman sous les pinceaux de Carmine Infantino.
Sous l’impulsion de Schwartz, le monde du Batman redevint plus terre à terre et, même si il n’effectue pas encore un retour aux racines pulps, devient férocement dynamique allant jusqu’à attirer l’oeil d’Hollywood qui produit la fameuse série télé en s’inspirant de cette période (avec une bonne dose d’humour camp en plus).

Mais on doit aussi à l’editor d’avoir remodelé l’esprit « superslipesque » en faisant appel à un background beaucoup plus fondé sur la science-fiction, en créant le fameux concept des Terres Parallèles pour faire se croiser plusieurs générations de héros ou pour produire des aventures brisant le statu quo, en faisant de ses héros des personnages plus intellectuels qui doivent résoudre le problème du mois par leur malignité plutôt que par des échanges de coups de poings et en donnant aux superslips un ancrage plus fort dans la réalité avec une place plus importante accordée à la facette civile des protagonistes, à leurs vies professionnelles et romantiques, à leur entourage (même si cela reste encore très sage)…

Au tournant des années 60-70, il prend acte des avancées que Stan Lee a apporté à ses propres idées et réplique en accordant sa confiance aux jeunes Denny O’Neil et Neal Adams.
Sous sa direction, les deux auteurs refont du Batman le sombre détective gothique que nous connaissons tous et pavent la voie pour les artistes des 50 prochaines années.
Les trois hommes dépoussièrent aussi le petit monde de Superman en restreignant les pouvoirs de celui-ci et en se débarrassant des aspects les plus kitsch de la série.
Mais bien évidemment, le chef-d’oeuvre du duo sous l’égide de notre editor reste leur monumental run engagé sur Green Lantern et Green Arrow.

Après bien des années de bons et loyaux services auprès de DC, Julius Schwartz décide de prendre sa retraite et son employeur accède à la dernière demande du vénérable editor afin de le récompenser pour tous les services qu’il a rendu.
Notre homme peut enfin réaliser un rêve qu’il caresse depuis longtemps, celle de publier des adaptations de romans de science-fiction qu’il admire sous forme de bandes dessinées.

Impressionné par le format et la qualité des albums européens comme le fut Jim Shooter, il opte pour le format Graphic Novel et se met à jouer une fois de plus de ses contacts avec de célèbres auteurs de S-F pour obtenir les droits d’adaptation de plusieurs romans de Robert Bloch,  Ray Bradbury, G.R.R. Martin…
Il sélectionne ensuite quelques fines gâchettes telles que Keith Giffen, Gene Colan ou Klaus Janson et s’attache à donner un design aussi luxueux que reconnaissable à sa collection avec des couvertures peintes par Bill Sienkiewicz (tout du moins les premières) et inspirées de celles de ces choses sans images que l’on appelle romans.

Autant dire que le projet apparait tout de suite plus cohérent, plus solide et mieux préparé que la précédente collection de graphic novels avec un programme bénéficiant d’une identité forte et ambitieuse.
Les DCSFGN réussirent-ils à faire mieux que leurs prédécesseurs de la collection DCGGN?
C’est ce que nous verrons dans les prochains articles.

3667706-julius schwartz
©DC Comics

 

 

 

3 réflexions au sujet de “Préambule: Là-bas, Dans les Etoiles”

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s