Graphic Nuggets, On the Run(s), Red is the New Black

5/ Love is blindness (Daredevil 254-256)

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© Marvel Comics

Oui, l’amour est aveugle !
Tout comme la vengeance, tout comme la justice, tout comme Matt Murdock !

Avec ces trois épisodes Ann Nocenti entrecroise la fin de l’histoire consacrée à l’entreprise pollueuse Kelco et le début de celle qui reste la plus associée à son run sur Daredevil, la saga de Typhoid Mary.

« Ainsi, nous assistons à un nouveau chapitre de la guerre que se livrent le Caïd et Murdock par le biais du procès de la Kelco (détenue par Fisk) dont les produits chimiques ont rendus aveugle le jeune Tyrone, défendu par l’avocat aveugle.
Sauf que pour remporter l’affaire, Matt Murdock doit affronter son ex-meilleur ami Foggy Nelson… à moins que ce dernier ne soit trahi par sa petite amie (et ex de Matt) la nord-irlandaise Glory O’Breen qui possède des preuves inculpant Kelco.
Même si celle-ci ne les dévoile finalement pas par amour pour Foggy, et malgré la tentative d’achat d’un juré par le Caïd, Murdock remporte néanmoins l’affaire.

Si les plans de Wilson Fisk ont échoué à nouveau, ne faisant qu’accroître sa haine et son obsession pour Daredevil, il a déjà enclenché un nouveau stratagème beaucoup plus pernicieux.
Fort de la révélation que le point faible de Murdock est l’amour, il compte bien briser le cœur de ce dernier.
Chance pour lui (et pour le lecteur), une nouvelle criminelle sème la terreur en ville, Typhoid Mary.
Celle-ci étant une schizophrène pouvant échapper aux super-sens de Daredevil, le Caïd a trouvé là son arme fatale et engage la belle avec pour mission de détruire sa némésis sans pour autant réaliser qu’il déclenche là une spirale dont aucun des trois protagonistes ne sortira indemne. »

Bon que dire de ces trois épisodes pleins comme un œuf si ce n’est que c’est dense, très dense.
Annie Nocenti démontre numéro après numéro qu’elle a gagné en assurance tant les fils des différents récits s’entrecroisent et alternent les degrés de lecture au sein d’une même phrase pouvant s’insérer dans le récit mais agissant aussi comme un commentaire sur l’héritage « millerien » de la série mêlé à des considérations politiques et philosophiques.
C’est une lecture extrêmement riche, à laquelle le lecteur moderne pourra certes reprocher sa prolixité et des dialogues pas très « naturels », dont il est finalement difficile d’en analyser les éléments (personnages, intrigues, thèmes) séparément tant l’auteur les utilisent en miroir les uns aux autres.

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© Marvel Comics

Bon, essayons néanmoins d’en démêler rapidement (à défaut de faire court) quelques fils.
Le premier et non des moindres est bien évidemment la façon dont la scénariste intègre l’héritage de Frank Miller et le prolonge tout en le subvertissant pour intégrer sa propre vision (forcément différente quand on connaît les positions des deux auteurs).
Avec la saga de Typhoid, l’auteur effectue au premier abord une synthèse et une variation des deux runs de Miller, celui avec Klaus Janson et celui avec David Mazzuchelli.
Il suffit de voir les personnages qu’elle utilise : Murdock, Fisk, Foggy, Glory, Karen Page et un clone détourné d’Elektra…
Il ne manque que Bullseye et Ben Urich à l’appel pour que le tableau soit complet (mais ils reviendront à la toute fin du run).

Même Stick effectue un retour par le biais de flashbacks sur l’entraînement de Murdock qui permettent à la scénariste d’effectuer un premier détournement.
En mettant en scène l’échec de Matt à aider Tyrone à « se prendre en main », elle pose une critique sur la figure de l’éducation par le bâton que l’on retrouve dans les comics du chantre du polar.
Elle y oppose le personnage de Mary qui réussira à faire sortir le jeune garçon de son isolement grâce à des méthodes fondées sur l’empathie et l’écoute.
C’est bien évidemment pour Nocenti un moyen de critiquer certaines formes d’éducation mais aussi de continuer à approfondir le thème traversant son run de l’image et de l’influence que les adultes projettent inconsciemment sur les esprits malléables des enfants.
Du Bratpack à Numéro 9 en passant par Tyrone et le bébé recueilli par un sans-abri, tout son run est traversé par la question de la préservation de l’innocence.

Ces passages consacrés à la cécité de Murdock sont aussi une manière pour elle de s’amuser du statut d’un personnage qu’on persiste à nous présenter comme un handicapé alors que ses capacités rendent ces efforts de dissimulation quelque peu comiques voire légèrement hypocrites.
Il en est ainsi de la séquence du panier de basket mais aussi des répliques de Mary s’adressant à Matt telle que « You know. He’s beginning to see » ou plus encore l’accroche « Look at me » lors de leur première rencontre.
D’une certaine manière, cela rejoint l’amusement dont Nocenti faisait preuve face à la mythomanie compulsive de Peter Parker dans les numéros de l’arachnide qu’elle a scénarisé.

Car bien évidemment, ce qui devient dès lors l’un des ressorts du travail d’Ann Nocenti ce sont les contradictions qui parcourent le personnage de Murdock.
Handicapé et surhomme, défenseur de la loi et justicier hors-la-loi, saint (dans ses deux vies professionnelles) et pêcheur (dans sa vie privée), fervent catholique et porteur d’une défroque diabolique… c’est peu de dire que Matt est un homme de paradoxes.
Plutôt que de les résoudre en essayant d’y apporter une cohérence ou des explications touffues censées justifier tout cela comme beaucoup de scénaristes pourraient le faire, elle décide plutôt de les pousser à leur paroxysme, de les faire bouillir en DD jusqu’à l’explosion, jusqu’à le pousser à la chute.
Et dieu sait, à moins que ce ne soit le diable,  qu’il va chuter de très haut !

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© Marvel Comics

Bien sûr, elle reprend à son compte tout les interrogations du super-héros aveugle sur la justice des hommes et celle du Ciel, sur l’opposition entre loi et morale en entraînant l’avocat sur un terrain auquel il n’est pas habitué, celui de l’écologie et de la responsabilité des entreprises.
Autant dire que ce genre de questions sont beaucoup moins faciles à résoudre qu’un cas de meurtre ou qu’un vol dans une épicerie.
Dans le monde fait de gris des cols blancs, où commence le crime et où se termine la justice ?
Une entreprise, entité anonyme par essence et a priori sans personnalité, a-t-elle une responsabilité envers la société ?
La nature est-elle une simple ressource a exploiter ou bien constitue-t-elle un ensemble dont on fait partie et que l’on ne doit pas souiller (la préservation de l’innocence encore une fois) ?
L’argent doit-il se soumettre aux lois des hommes ou ceux-ci doivent-ils se soumettre au profit sans loi ?
Le paradis de la liberté démocratique n’est-il pas devenu le cauchemar bureaucratique plombé par la complexité de la paperasserie et des lois qui lui semblait être l’apanage du communisme ?

Autant de questions toujours d’actualité que Daredevil aura bien du mal à trancher et même si l’on sent très bien de quel côté penche l’auteur, elle n’hésite pas à se faire l’avocat du diable (haha) plutôt que de batailler de manière obtuse: « Big biz is good for the economy, good for the country, and every man consumes, even little Tyrone ».
Mais si Matt Murdock avance sur un fil dans ce domaine, ce n’est rien en comparaison du volet personnel de sa vie où il chute complètement.
Lui, le grand saint, le défenseur de la pureté, le chantre d’une justice morale va s’abîmer comme le plus vil des pêcheurs.

Au travers de la chute du héros, Nocenti reprend là encore l’héritage « millerien » tout en le détournant.
Car si chez Miller la chute tenait de l’opéra tragique (l’amour impossible entre des protagonistes guidés par des valeurs opposées lors de la saga d’Elektra) et la vengeance de polar (Born Again), la scénariste voit les choses différemment.
Pour elle, la pire des chutes, la vraie chute c’est celle que l’on provoque soi-même, celle qui vient de ces forces au fond de nous-même que l’on a bien du mal à contrôler et celle-ci fait bien plus mal et est bien plus longue (comme vont le découvrir les lecteurs).
Le nœud de la différence c’est que chez Miller c’est le monde qui t’agresse et que ce sont ta hargne et ta foi qui te sauveront.
A contrario, et même si le Caïd sert ici aussi d’élément déclencheur, chez Nocenti on porte nos pêchés en nous et c’est en se pardonnant soi-même que l’on trouvera la rédemption (ce qui n’arrivera pas ici avant l’épisode 282… voire 291).

Car oui, Matt Murdock est coupable !
Il est coupable d’être un séducteur compulsif et auto-centré (comme Scott Summers, chose qu’a très bien compris Grant Morrison).
Et cela est dans l’ADN même de la série puisque outre le défilé de femmes que le rouquin a fait passer dans son lit, il a tout de même fait preuve d’un comportement pour le moins égoïste avec les femmes.
Il en est ainsi de la manière dont il traita Karen Page (le savoureux trio d’identité avec Mike Murdock), Heather Glenn (balancée entre les menaces et le délaissement comme une femme battue) ou de Glorianna O’Breen (abandonnée comme une vieille chaussette par un Matt obnubilé par lui-même).
C’est peu de dire que Matt a un sérieux problème dans sa relation avec la gent féminine  qui semble fondé sur le complexe de « la maman et la putain » et l’on peut y voir tout à la fois la rancoeur d’un homme abandonné par sa mère dans son enfance et le complexe de la Méduse (la phobie d’être « castré » par les femmes) qui traverse toute l’oeuvre de Miller.

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© Marvel Comics

Et si la coupe « rasta » de Typhoid rappelle la méduse, l’auteur ne va pas essayer d’expliquer cela mais bien d’appuyer là où ça fait mal en poussant Murdock à répéter ses habituels errements.
Car finalement, voici bien un domaine qui échappe au regard de l’avocat aveugle.
Dans nos sociétés occidentales, l’adultère (hors mariage) est-il encore un crime ?
Est-il même encore une faute morale dans le sens où s’il est « condamné » par la population il n’en reste pas moins toléré?
Autant dire cette question a bien du mal a être résolue dans la vision manichéenne de DD.

Malgré ses remords par moments, Matt n’arrive pas à contrôler ses pulsions et le lecteur sera totalement horrifié devant le drame le plus commun qui soit, un drame bien anodin par rapport aux fins du monde routinières de Marvel et pourtant tellement plus effrayant, celui d’un Matt succombant à son désir pour Mary pendant qu’il reçoit un message téléphonique de Karen.
Une Karen qui souffre en silence en réalisant que l’homme qu’elle aime est en train de lui échapper et qui pourtant continue de le couvrir de son amour.
Autant elle que Glory avec Foggy semblent avoir déjà réalisé qu’aimer l’autre c’est aussi s’oublier pour l’autre, donner de soi à ce dernier.
Tout le contraire d’un Murdock obsessionnel et centré sur ses dilemmes intérieurs là où son alter ego costumé est porté vers les autres.

Nocenti appuie aussi sur la violence intérieure qui s’agite au fond de Daredevil.
Là où la hargne était un moteur de vivre chez Miller, elle devient ici aussi un instrument de la chute et un corollaire du sexe, l’Eros et le Thanatos dansant ensemble.
Celle-ci semble à tout moment prête à exploser et encore plus dans les moments sexuellement chargés.
Il suffit de voir la manière dont il agrippe les cheveux de Mary durant leur baiser.
Ou plus encore lors des affrontements entre DD et Typhoid où la violence ne fait que renforcer l’excitation sexuelle des deux protagonistes.
Voire même lors de la confrontation entre Murdock et Fisk tant la haine les liant ressemble à celle de deux « mâles alphas » en plein combat pour la possession d’une femelle (Typhoid Mary).

Le Caïd justement.
Encore un héritage « millerien » qui servait au bon Frank à donner corps à ce qu’il identifiait comme le Mal gangrénant la société : le corps politique, le gouvernement (Randolph Cherry ou les généraux) et les médias.
Si Nocenti ne bazarde pas cet héritage, elle déplace la problématique vers sa propre vue du mal, soit le libéralisme économique sans freins.
Dans son run, le crime marche main dans la main avec le pouvoir économique, ou plutôt elle voit le premier comme l’aboutissement ultime du second dès lors qu’on ne l’encadre plus.
L’économie mafieuse n’est-elle pas finalement un libéralisme débarrassé de toute loi ?
Les théories d’Adam Smith ne sont elles pas que la version édulcorée, politiquement correcte, de l’apologie du vice que faisait Bernard Mandeville dans sa Fable des Abeilles?
Elle rappelle au passage comment la mafia s’était implantée au sein des syndicats américains afin de contrôler tout un pan de l’économie en mettant en scène une grève des éboueurs provoquée par le Caïd qui ne voit dans les hommes que des déchets.

Car si Murdock se voit comme un ange, Fisk se voit lui comme le diable.
Ce n’est plus tant se venger de DD qu’il souhaite, mais bien de le salir, de lui faire partager son propre enfer personnel dans une espèce de logique perverse où ils se reflèteraient l’un l’autre par leurs tares.
Il va y réussir.
Il va même y réussir trop bien tant l’apparition de Typhoid Mary va réveiller en lui un besoin d’amour, une sexualité réprimée depuis le départ de sa femme Vanessa.
Se voulant un maître manipulateur froid, Wilson Fisk se révèle progressivement comme ce qu’il est, un homme se sachant au-delà de toute rédemption depuis la perte de Vanessa, un homme qui veut partager son malheur avec son ennemi.
Et c’est finalement ce qui arrive lorsque Fisk commence petit à petit à perdre le contrôle de lui-même (et de sa violence intérieure) et à tomber amoureux de Typhoid.
Son plan commencera alors à se retourner contre lui-même puisque plus cette dernière séduit Murdock, moins il arrive à supporter ce jeu.
L’ange (cornu) et le diable obèse s’avèrent au final n’être que des hommes.
Et c’est la femme qui a les cartes en mains.

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© Marvel Comics

Venons en à la femme justement:  Typhoid Mary.
Là aussi, Nocenti semble au premier abord marcher dans les pas de Miller en donnant une nouvelle amante-ennemie à Daredevil.
Sauf que Typhoid n’est pas Elektra.
La ninja grecque était une figure tragique alors que Mary est… une création beaucoup plus sexuelle, vicieuse, dérangeante.

Il convient tout d’abord de noter qu’Ann Nocenti s’est (en partie) inspirée de la véritable Typhoid Mary pour son personnage.
Mary Mallon, une immigrée nord-irlandaise née dans le comté de Tyrone (coïncidence ou pas, cela ne manque pas de sel), était une cuisinière vivant à New-York au début du 20ème siècle.
Elle fut identifiée comme la première « porteuse saine » de la fièvre typhoïde et causa l’infection d’une cinquantaine de personnes.
Refusant de quitter son travail de cuisinière et réfutant les conclusions médicales, elle alla jusqu’à changer d’identité pour continuer son activité avant d’être internée à vie.
Son cas fit tellement sensation que l’expression Typhoid Mary entra dans le langage courant aux Etats-Unis afin de désigner toute personne répandant, consciemment ou non, un virus indésirable.
Et c’est peu de dire que la Typhoid de Nocenti est un virus, un poison que rien ne peut arrêter.

Pour le reste, et comme elle le déclara à plusieurs reprises, le personnage est un agrégat des toutes les représentations de la femme que se font les hommes.
Maman, putain, petite fille, fragile, forte, sainte, pécheresse, dominatrice, soumise, vierge, nymphomane, mante religieuse, féministe haïssant les hommes, babygirl de son papa Caïd… Typhoid est tout cela à la fois.
La scénariste ira même ajouter une nouvelle facette avec une Bloody Mary en forme de cliché de la bad girl/femme forte qu’aime tant les geeks lors des prestations solos (ou presque) du personnage dans les années 90.
Elle rajoute au passage une pincée de son amie et collègue Louise Simonson à propos de laquelle elle déclara qu’elle avait la capacité de troubler la raison de n’importe quel artiste masculin pour lui faire faire ce qu’elle voulait en lui faisant croire que l’idée venait de lui.

La Typhoid Mary d’Ann Nocenti, c’est un cocktail molotov prêt à exploser à la figure de ceux qui jouent avec, une pomme juteuse qui empoisonnera celui qui voudra la croquer.
En créant un assemblage hautement équilibriste de toutes les images fantasmées que les hommes se font des femmes, elle a donné naissance à l’un des plus forts personnages féminins et féministes de ces 50 dernières années.
Typhoid est une création tellement trouble et jouant sur les limites et les paradoxes qu’elle détonne au sein d’un univers Marvel finalement bien politiquement correct et, à l’exception de sa créatrice, bien peu oseront s’y frotter, les rares ayant tentés l’aventure s’étant cassés les dents dessus (Joe Kelly (avec un retcon détruisant autant l’historique que la portée du personnage), Brian Bendis, Dan Slott).

Entre les mains de Nocenti, elle est un miroir des peurs et désirs masculins qui renvoie Fisk, Murdock, les editors et le lecteur à l’insondable mystère féminin.
Plus qu’une simple vilaine, c’est un personnage libre, anarchiste, qui bouscule toutes les conventions établies et qui joue de ses armes pour détruire un pouvoir patriarcal en le renvoyant à ses faiblesses.
Et parmi ces armes, il y a le sexe, le désir, le besoin d’amour qui rendent les hommes si aisément manipulables.
Ces hommes qui jouent les gros durs mais sont capables de fondre comme un glaçon face à un regard de biche apeurée ou de faire des caprices de petits garçons s’ils n’ont pas de petite gâterie.
Typhoid Mary est un personnage totalement charnel, une femme maitresse de son corps et même si elle s’offre à Murdock, Fisk ou un petit bandit de bas étage, c’est elle qui mène la danse à chaque instant.
La femme est celle qui a succombé au pêché dans l’imagerie religieuse sauf que cette fois-ci c’est elle qui charme le diable.

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© Marvel Comics

John Romita Jr est au diapason de sa scénariste et tombe tellement sous le charme vénéneux de cette nouvelle création qu’il donne à Mary les traits de sa petite amie (et future femme).
Travaillant en totale synergie selon la Marvel Way, les deux artistes (et Al Williamson) se renvoient la balle en remplissant ces épisodes de petits détails savoureux.
L’innocente Mary séduit Matt lors de leur première rencontre et JRjr donne discrètement à la main de celle-ci l’aspect d’une patte de panthère griffue.
John Romita dessine sur une case une Mary étonnamment ressemblante à Mary-Jane Watson ?
Nocenti s’en amuse dans la voix off en déclarant qu’elle fut une actrice à succès.
Lors de leur premier affrontement, Fisk prend le dessus sur une Typhoid et John Romita ne peut s’empêcher de lui donner des traits de petite fille soumise avant que Nocenti ne vienne surenchérir avec un dialogue où le Caïd lui-même se présente comme un sugar daddy avec sa babydoll.
JRjr en profite aussi pour en rajouter une couche dans le caractère blasphématoire de Typhoid qui n’aime rien tant que d’attaquer DD avec une croix ou de se frotter à une statue d’ange.

Le dessinateur continue en parallèle à faire évoluer son style en commençant par-ci par-là à délaisser le réalisme pour faire évoluer son trait vers quelque chose de plus heurté, de plus « viril » et massif (contrebalancé par la finesse de l’encrage de Williamson) voire proche de l’abstraction.
Il se met donc ainsi à regarder un peu plus du côté de Miller, Janson ou même Bill Sienkiewicz.
Il en est ainsi de la séquence de rêve qui ouvre l’épisode 255 avec un enfer de tuyaux et de papier proche de certaines planches du Marvel Graphic Novel: Love & War.
Mais on peut aussi dénoter la manière dont les visages de DD et Typhoid deviennent de plus en plus triangulaires dans le numéro 256.

Surtout, l’artiste continue d’affiner sa narration comme le montre la mise en page de certaines séquences à la lecture verticale directement héritées de Miller.
Ici, un homme s’apprêtant à se jeter d’un toit tandis que Daredevil chute en parallèle pour le sauver.
Là, une séquence de douche purificatrice pour Matt et Mary.
Il truffe aussi les conclusions de différentes séquences de multiples plans « en suspension » où le regard se décale des visages ou des paroles des protagonistes pour se fermer sur une partie de leur corps, un objet, un autre personnage réagissant à ce qui se passe renforçant ainsi le poids de l’action se déroulant hors-champ.

Les outils narratifs du fils Romita courent même d’épisodes en épisodes et il surligne la chute métaphorique de Daredevil qui virevolte au dessus des toits dans le 254 (« Meanwhile, high above the city ») avant de combattre Typhoid sur la terre ferme dans le 255 et d’être finalement entraîné dans les égouts au 256.
Avec ces 3 séquences, Nocenti et JRjr ont permis à la femme de faire tomber l’ange du paradis et de le souiller comme n’importe quel homme.
Et cette souillure là rien ne pourra l’effacer.
Mais ce sera une autre histoire venant après un crossover avec le Punisher (et un fill-in).

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© Marvel Comics

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