Graphic Nuggets, On the Run(s), Red is the New Black

6/ This town ain’t Big Enough for Both of Us… (Punisher 10 – Daredevil 257)

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© Marvel Comics

Un petit crossover entre l’homme sans peur et la superstar absolue des comics de la fin des années 80.
Pour le Punisher, l’équipe artistique se compose de Mike Baron et Whilce Portacio et puisque l’on abordera l’oeuvre de Baron plus tard au travers du MGN Punisher: The Intruder, attardons-nous donc un peu sur le dessinateur.

William « Whilce » Portacio est né aux Philippines le 8 juillet 1963 avant que sa famille n’émigre aux Etats-Unis, tout d’abord sur l’île de Midway puis au Nouveau Mexique avant de finalement poser ses valises à San Diego.
C’est là que le jeune garçon fit deux grandes découvertes qui influeront sur son futur.
Tout d’abord une collection de comics jetés à la poubelle par une voisine décidée à se débarrasser des illustrés de son mari pour faire de la place.
Découvrant un nouveau monde, il se met alors au dessin en souhaitant émuler deux idoles a priori antinomiques : Jack Kirby et Neal Adams.

C’est aussi à San Diego qu’il devient ami avec un autre garçon du nom de Scott Williams et les deux resteront liés comme les deux doigts de la main jusque dans leurs parcours professionnels.
Cependant, Portacio rêve de devenir astronaute et ne se tournera vers le domaine artistique qu’une fois confirmé que son embonpoint et sa vue défaillante lui interdisent cette carrière.
Il tente donc dorénavant d’intégrer le staff d’un éditeur de comics et c’est lors de l’édition 1983 de San Diego qu’il soumet son book à Carl Potts qui décide de le prendre sous son aile.

Whilce

Doté d’un certain nez, Potts ouvre, pour le meilleur et pour le pire, la voie vers les 90s et Image Comics tant par les sujets qu’ils promeut dans les titres qu’il gère que par l’écurie d’artistes dont il s’érige en manager: Portacio, Williams, Art Thibert, Jim Lee, Larry Stroman, Marc Silvestri, Rick Leonardi…
Soucieux de faire travailler et progresser sa nouvelle recrue, il le place comme assistant de Brent Anderson sur Ka-Zar avec mission pour ce dernier d’apprendre les ficelles du métier au nouveau venu.

Quelque temps après, Portacio croise une première fois la route d’Ann Nocenti en effectuant ses débuts officiels comme encreur sur les crayonnés d’Arthur Adams sur la mini-série Longshot.
Passé quelques travaux d’encrage sur des fill-ins, il se retrouve propulsé par Carl Potts comme encreur de la série Alpha Flight.
Il assure une certaine stabilité graphique à une bande connaissant alors un défilé de dessinateurs et sur ses deux derniers épisodes il travaille avec le futur fils chéri de Marvel avec qui il fonde (en compagnie de l’ami Williams) le studio Homage : Jim Lee.

Lee préfère cependant l’encrage de Williams et Portacio étant toujours désireux de dessiner, Potts accède à leur requête et nomme finalement le philippin dessinateur suppléant sur la série Strikeforce Morituri.
Il a alors pour charge de dessiner les épisodes que ne peut rendre le très lent dessinateur titulaire et qui n’est autre que son ancien maître, Brent Anderson.

C’est grâce au désistement d’un autre dessinateur (et encreur) trop lent pour tenir les délais que Portacio verra les portes du succès s’ouvrir devant lui.
Klaus Janson n’arrive alors pas à fournir un numéro toutes les six semaines et se retrouve débarqué du succès surprise de l’année 1987 : The Punisher.
Whilce Portacio entame ainsi son run au numéro 8 de la série, scénarisée par Baron et éditée par Potts, qui fait son beurre en s’inspirant des faits divers faisant la une de la presse à l’époque pour y donner une solution radicale, développant du coup un plaidoyer légèrement malaisant pour la justice expéditive et la peine de mort.

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© Marvel Comics

Et c’est Carl Potts, toujours un fin renard dès qu’il s’agit de faire des coups commerciaux, qui a l’idée d’un crossover entre la série le plus à droite de l’époque chez Marvel (le Punisher de Baron) et celle la plus à gauche (le Daredevil de Nocenti).
Il n’hésite d’ailleurs pas pour cela à détourner une histoire déjà écrite sous son aile dans Cloak & Dagger 2, celle d’un serial killer empoisonnant des cachets d’aspirine pour tuer au hasard.
Potts s’est une fois de plus inspiré d’une affaire bien connue des années 80 (et jamais vraiment résolue), celle des meurtres au Tylénol de Chicago.

Plus qu’un crossover, nous assistons donc ici à une confrontation d’opinions; des regards croisés sur un même cas qui s’inscrit une fois de plus dans les thèmes de l’inné et de l’acquis, de la responsabilité personnelle et de celle de la société.

« Le Punisher et Daredevil sont tous les deux sur la piste d’Alfred Coppersmith, homme à la dérive tuant aveuglément en empoisonnant les cachets d’aspirine avec du cyanide et chacun des deux hommes compte bien faire valoir son point de vue sur la justice. »

Bon, que dire sur une histoire au sujet pour le moins sensible et polarisant fortement les opinions politiques ?
Votre serviteur ayant toujours été quelque peu gêné aux entournures par la version Baron du Punisher (en fait, par Pupu lui-même quelle que soit la version), il considère la partie de l’histoire racontée dans la série du représentant du lobby des armes comme la plus faible des deux.
Malgré deux-trois pointes d’humour (le bain de bouche et la séquence plomberie) et une référence un peu gratuite (Pupu lisant Poe must Die), on est dans du Punisher classique de l’époque avec un Frank Castle monolithique au possible et dont le seul but semble être d’augmenter son body count comme un joueur de Call of Duty.

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© Marvel Comics

De même, la manière dont Castle mène l’enquête est quelque peu capillotractée.
Ainsi il élimine les femmes d’emblée de sa liste de victimes potentielles sans réelle raison et la manière dont il passe par les Témoins de Jéhovah  pour mener son enquête s’avère ridicule: « bon alors, si quelqu’un les a envoyés bouler, c’est que c’est lui le coupable »… hmmouaif! Dans ce cas, on en connait beaucoup… des coupables.

Pareillement, Coppersmith est ici décrit de la même manière que les autres vilains croisant la route du Punisher : pas de background, juste un psychopathe semblant tuer pour le plaisir de tuer, bavant, éructant, menaçant d’étriper ses voisins…
Le pourquoi ? Le comment ?
Ceci importe peu à Baron pour qui tu tues donc on doit te tuer.
De ce côté là, la réplique finale du Punisher fait tout de même assez froid dans le dos tant le vigilante semble déconnecté de toute humanité :

« It’s a good thing I don’t do this for her, or people like her.
When you get right down to it, most people are creep ».
(« C’est une bonne chose que je ne fasse pas ça pour elle, ou pour les gens comme elle.
Quand on y pense vraiment, la plupart des gens sont pathétiques. »)

Du côté graphique, c’est du Portacio pur jus et le lecteur d’aujourd’hui ne sera pas dépaysé tant son style n’a pas évolué d’un iota en 30 ans de carrière.
Tout juste note-t-on que son découpage de l’époque fonctionnait mieux car plus classique.
Il tente néanmoins quelques petites tentatives de jouer avec la narration qui tombent souvent  à plat par faute d’amateurisme comme cette séquence mettant en scène Pupu et Coppersmith en parallèle mais dont les cases changent soudainement de côté sur la page.
Pour le reste on voit bien ce qui a pu séduire à l’époque, à savoir une profusion de détails et un certain sens de la case iconique (le Punisher méditant ou révélant soudainement son habit de justicier).

Malgré tout, les personnages de Portacio possèdent toujours ces morphologies ingrates voire bizarroïdes tant elle semblent à la fois gonflées de muscles et posséder la dureté d’un ballon de baudruche percé.
De plus, sans l’apport du découpage  « in your face » (chaotique) qui viendra plus tard, sa mise en scène des combats est bien mollassonne malgré la profusion de petit traits de mouvements censés donner plus de dynamisme mais qui ne masquent pas la faiblesse des coups.
En conséquence, entre son idéologie et sa mise en scène cheap essayant de paraître clinquante, ce volet ressemble à une vieille VHS de la Cannon, ce qui peut avoir son charme mais ne mène tout de même pas bien loin.

La suite? Elle se déroule là.

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© Marvel Comics

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