Assistant Editors' Month, Marvel Extravaganza, Marvel Special Months

Conclusion: Callin’ from the Fun House

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© Marvel Comics

Bon, après ce passage en revue de l’Assistant Editors’ Month, essayons de prendre un peu de recul et de tirer un bilan global de l’opération.
On peut dire que Jim Shooter a réussi son pari de montrer à la fois la régularité de ses titres et la conservation d’un esprit Marvel (avec plus ou moins de réussite qualitative selon les revues), deux points mis en avant par l’editor in chief dans les annonces de cette opération.
Néanmoins, en filigrane, on peut voir que Marvel est à la croisée des chemins et qu’elle entame alors sa longue et tortueuse mutation la menant de de la petit compagnie des 60s/70s à la grosse entreprise actuelle.

Tout d’abord, on peut noter la volonté de Marvel de s’introduire dans d’autres médias, que ce soit par le nombre de séries licenciées (les séries jouets et  celles produites avec l’autorisation de  Lucasfilm) ou de séries développées en interne afin de conquérir d’autres marchés (Dazzler pour les mondes de la musique et du cinéma, Crystar pour les jouets); volonté qui ira en s’amplifiant avec le développement de la gamme Star Comics (une ligne de comics sous licences et spécifiquement à destination des enfants) et de Secret Wars que l’on peut voir comme l’apogée de cette première véritable tentative de Marvel de devenir un empire transmédia.
Dans le même genre, cette opération est aussi un témoignage du (léger) chaos provoqué par les premières tentatives de Marvel de se porter sur le marché des boutiques spécialisées tant le choix des titres lâchés sur ce marché spécifique semble quelque peu relever du coup de dés.
Tout cela concourt de la volonté de Shooter (et surtout de ses supérieurs) de transformer Marvel en géant multimédia.

Cette marche forcée, ainsi que l’autoritarisme (ou la mégalomanie) grimpant€ de l’editor in chief font que cette évolution ne se fera pas sans heurts, principalement du côté des créateurs comme le montrent les tensions entre Shooter et John Byrne, Chris Claremont ou encore Bill Mantlo.
De plus, on peut voir comment Big Jim entend donner cohérence et rationaliser la production Marvel qui se voit entièrement mise au diapason de l’AEM (exceptés les mini-séries et reprints), démarche qui mènera ensuite aux méga-crossovers, regroupements par famille et autres events  qui rendront cet univers passablement ésotérique pour le néophyte (pour être gentil) et quelque peu corseté pour les auteurs (cf les séries mutantes des nineties).
Cependant, pour l’instant, les auteurs disposent d’une marge de manœuvre encore assez large, chacun interprétant l’AEM comme il l’entend.

D’un point de vue qualitatif, comme on a pu le voir, le résultat est mitigé puisque le meilleur (Amazing Spider-Man) alterne avec le pire (Power Man and Iron Fist) ou le complètement « what the fuck!! » cocaïné nanardisant et kistchissimement drôle (Marvel Team-Up).
Dans tous les cas, les séries restent à leurs niveaux habituels (sauf les catastrophes Captain America et Avengers que l’on pardonnera au vu des bons services des scénaristes concernés) et démontrent les qualités et faiblesses des différents auteurs et éditeurs de la maison des idées.
Surtout, surtout, l’AEM nous montre une fois de plus quels sont (à ce moment-là) les auteurs les plus inspirés de la compagnie : Roger Stern, Chris Claremont et John Byrne.
Il est d’ailleurs assez comique de voir l’auteur le plus incontrôlable de Marvel et celui qui fut le plus laissé tranquille par sa hiérarchie trouver ici une source d’inspiration commune pour leurs futures œuvres.

En effet, les deux frères ennemis seront ceux qui sauront le mieux tirer les fruits des délires borgèsiens de l’AEM au sein de séries telles que She-Hulk, Excalibur ou plusieurs Annuals et numéros spéciaux d’X-Men (principalement avec Arthur Adams et Alan Davis aux crayons).
La grande révélation de l’Assistant Editors’ Month reste quand même (à notre sens) Ann Nocenti et dont les qualités d’écritures éclateront au grand jour quelques temps plus tard sur Longshot et Daredevil.

Un témoignage intéressant donc, bien qu’imparfait, d’un temps révolu où les délires les plus saugrenus étaient permis, où Marvel entamait sa lente mue économique et organisationnelle et pour y déceler les racines annonçant les futures évolutions de plusieurs auteurs majeurs des années 80.

AEM2
© Marvel Comics

C’est sur cette note que nous terminons notre tour d’horizon de ce premier « mois spécial » chez Marvel et nous vous retrouverons bientôt pour aborder le mois Flashback de la fin des années 90 qui a lui aussi reflété les tendances et les questions de son époque pour l’industrie des comics.
Et pour ceux qui auraient ratés certains des articles précédents sur l’Assistant Editors’ Month, vous en retrouverez la liste complète ici-même.

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