Graphic Nuggets, On the Run(s), Red is the New Black

Interlude I/ Stranded in the jungle (Daredevil 258)

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© Marvel Comics

Du Punisher au Vietnam il n’y a qu’un pas, et c’est toute l’équipe artistique de la série Psi-Force qui débarque pour ce premier fill-in de l’ère Ann Nocenti/John Romita junior (dont vous pouvez retrouver nos précédents articles ici).
On ne revient pas ici sur le parcours du dessinateur Ron Lim que l’on pourra retrouver dans la future chronique consacrée au Marvel Graphic Novel  « Deathrap : The Vault » que vous trouverez bientôt sur le site.
Cependant, glissons quelques mots rapides sur le scénariste rookie officiant ici : Fabian Nicieza.

L’américano-argentin Fabian Nicieza est né le 31 décembre 1961 à Buenos Aires avant que sa famille n’émigre durant sa prime enfance dans le New Jersey.
Les comics jouèrent un rôle d’importance dans l’éducation du petit Nicieza puisque c’est au travers des illustrés qu’il apprit à lire et écrire l’anglais.
Il suit plus tard des études de marketing et sort diplômé de la Rutgers University en 1983 puis effectue tout d’abord un stage dans les studios de la chaîne de télévision ABC avant de se tourner vers le domaine de l’édition.
Il fait ainsi partie durant quelques années du département production du Berkley Publishing Group avant de grimper au poste d’editor.

Fabian Nicieza

Fort de cette expérience, il part frapper à la porte de Marvel en 1985 où il commence comme manufacturing assistant (plus où moins le type chargé de collecter les planches à envoyer à l’imprimeur).
Il est ensuite repositionné au sein du département marketing de la compagnie en tant que manager publicitaire, poste plus en accord avec son parcours.
Chargé de promouvoir les comics de la maison, il commence ainsi ses premiers travaux d’écriture en tant que freelance au sein de l’organe officiel de communication lancé par Shooter, le magazine Marvel Age; cette revue servant à créer le buzz autour des différents comics en ces temps pré-internet tout en essayant de tisser un lien avec le lecteur et de raviver l’esprit du Bullpen imaginé par le Dentier à roulettes.

Parallèlement, son ascension au sein du staff de Marvel se poursuit puisqu’il est nommé nouvel editor du label Star Comics (la collection « pour enfants » de la compagnie) en lieu et place du nouvel editor-in-chief de Marvel, Tom DeFalco.
Toujours désireux de devenir scénariste, il saisit enfin sa chance en juillet 1987 en reprenant la série Psi-Force, sorte de décalque des mutants publié sous le label New Universe, au numéro 16 en compagnie d’un autre rookie, Ron Lim.
Quelques mois plus tard, l’équipe est appelée à la rescousse pour pondre un fill-in sur la série Daredevil afin de donner un peu de temps à JRjr pour préparer le futur épisode-double 260.
Et c’est ainsi que Nicieza effectue ses premiers véritables pas au sein du Marvel Universe (publié après le dyptique Web of Spider-Man 38-39, l’épisode de DD fut en fait produit avant ce dernier).

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© Marvel Comics

« L’aveugle et ex-appelé au Vietnam, Willie Lincoln ne cesse de revivre les circonstances dramatiques de son accident au travers de ses cauchemars.
Bientôt, ce pêché originel va revenir le frapper de plein fouet au travers d’un mystérieux serial killer assassinant les membres de l’escouade de Lincoln, forçant ce dernier à appeler Daredevil à la rescousse. »

Bon, que dire sur cet épisode ?
On admirera tout d’abord la rouerie de la couverture avec un Bengal ressemblant alors à un lointain clone du populaire ouvre-boîte sur pattes Wolverine et qui attire instantanément l’oeil de l’acheteur curieux.
Malin, très malin.
Pour l’intérieur, disons que c’est… studieux… et appliqué.

Clairement, Fabian Nicieza fait ses classes et montre qu’il a bien appris ses leçons et peut se fondre dans le moule de la Maison aux Idées.
Ainsi, son Bengal reprend la figure classique du vilain qui n’en est pas vraiment un et pour lequel on compatit, caractéristiques propres aux grands méchants de l’écurie Marvel.
De même, il inscrit sa création dans la continuité tout en livrant un récit clair où l’on peut débarquer sans connaissance préalable.
Ainsi, Bengal est lié au passé de Willie Lincoln, personnage précédemment apparu durant le run historique de la Swinging Moumoute et de Gene Colan afin de parler du Vietnam.
Petite coquetterie, on découvre aussi dans ce fill-in que Lincoln faisait partie de la même escouade que Red Wolf et qu’il a rencontré James « War Machine » Rhodes, et certains supputent que Josh Coop est le Joshua Cooper qui fera partie de l’entourage civil de Captain America, mais une fois de plus, cela reste du clin d’oeil qui flatte le fan sans pour autant gêner le noobie.

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© Marvel Comics

Pour le reste, l’histoire est limpide et linéaire, peut-être un peu trop d’ailleurs.
Certes tout cela n’est pas désagréable mais il manque un petit supplément d’âme pour que le tout puisse s’imprimer durablement dans la mémoire du lecteur.
Pareillement, la conclusion un peu rapidement emmenée et de surcroît de manière laconique, avec le vilain qui (apparemment) se suicide, renforce ce sentiment de tout ça pour ça, de « viens faire un petit tour et puis s’en va » sans réussir à nous émouvoir véritablement.
On peut aussi dénoter que le jeune scénariste sait saisir l’air du temps en surfant sur la seconde vague de films sur le Vietnam qui envahissent tous les écrans à l’époque, de même qu’il met en place les (petites) thématiques qui traverseront son œuvre future, celle des conséquences de la guerre sur de jeunes esprits et du vol de l’enfance (X-Force et Cable évidemment mais aussi New Warriors, Nomad, Adventures of Captain America ou Thunderbolts).

Graphiquement, le scénariste n’est pas non plus véritablement aidé par Ron Lim.
S’il ne s’en sort pas trop mal dans les séquences d’action et que son graphisme arrive alors à se montrer classiquement charmeur (grâce à l’encrage détaillé de Jim Sanders III), il est totalement en peine de retranscrire les émotions.
Cela se voit dès la splash page d’ouverture qui se voudrait dramatique et effrayante mais dont les personnages prêtent légèrement à rire et semblent sortis de certaines caricatures de MAD Magazine.
On pourra citer aussi la séquence « du miroir » avec son Bengal aux lèvres pincées qui fait que l’on se demande s’il pleure, s’il est en colère ou s’il s’est juste mordu la langue.
Bref, le graphisme de Lim montre rapidement ses limites.
On accordera néanmoins un bon point au dessinateur pour son design accrocheur de Bengal qui fait regretter que le personnage soit aussi rapidement mis à la poubelle et peut expliquer pourquoi Nicieza décidera finalement de le ressortir plus tard des limbes, enrichissant ainsi la galerie des 3èmes couteaux marvéliens.

Au final, un fill-in pas honteux comme Marvel en publiait régulièrement à l’époque pour permettre à ses aspirants scénaristes et dessinateurs de se faire la main tout en respectant le calendrier des sorties (afin de ne pas payer les fameuses pénalités qu’imposaient les imprimeurs) mais totalement dispensable pour le lecteur.
Une petite pause sympathique donc avant le grand final de la saga de Typhoid Mary.

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© Marvel Comics

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