Graphic Nuggets, On the Run(s), Vert de Gris

0) L’étoile (montante) de David

PAD

Peter Allen David (alias PAD) aurait très bien pu ne jamais devenir scénariste s’il n’avait, à l’instar de Frank Miller avec Daredevil, su saisir l’occasion de reprendre en main un personnage mal aimé.

Petit fils de juifs allemands ayant émigrés afin de fuir l’horreur nazie, Peter David est né le 23 septembre 1956 dans le Maryland.
Sa découverte des comics se fait au travers des publications Harvey, Disney et Archie dont on peut voir l’influence dans son écriture maniant habilement soap et humour.
Les comics de superslips furent longtemps un plaisir interdit pour le jeune garçon, en particulier ceux de Marvel, ses parents voyant d’un mauvais œil cette cohorte de monstres répugnants.
Petit à petit, il réussit à les convaincre du caractère sans danger de ces ouvrages et se met à suivre avec frénésie les titres de Superman et les œuvres de John Buscema et Jack Kirby.
Participant à l’une des premières conventions, il touche son Graal en obtenant une dédicace du King.

Néanmoins, sa vocation pour l’écriture ne vient pas des comics mais de son père qui écrivait à l’occasion des critiques de films.
Peter se voit bien lui emboîter le pas et décide qu’il sera luis aussi journaliste.
Au cours de son adolescence, il se désintéresse des comics tout en participant à divers fanzines.
A la même période, il fait l’expérience amère du rejet et de l’intolérance du fait de ses racines juives mais aussi car son meilleur ami est gay et ce dernier doit faire face à l’ostracisme.
Il ressort de cette épreuve en affichant des convictions progressistes et en devenant un fervent défenseur de la cause LGBT.

Deux événements vont plus tard le pousser à se poser des questions quand à son avenir tout tracé.
Le premier c’est sa découverte d’Uncanny X-Men 95 qui va rallumer sa flamme pour les comics et en faire un lecteur avide de Chris Claremont (dont là aussi, on retrouvera des traces dans son écriture).
Le second c’est sa rencontre avec Stephen King qui l’encourage à plutôt se diriger vers l’écriture de fictions.
Malgré tout, PAD sort brillamment diplômé en journalisme et commence à effectuer quelques piges.

XM95
© Marvel Comics

Devant la difficulté à faire carrière dans la presse, il glisse petit à petit vers l’écriture de fictions sans plus de succès.
Fatigué des échecs, il décide de franchir la barrière en se reconvertissant dans le travail éditorial.
Après un passage chez divers éditeurs en tant qu’assistant éditorial, il parvint à devenir assistant commercial au sein des éditions Playboy.

C’est son expérience du domaine commercial et du marketing qui lui permettent finalement de rentrer chez Marvel au début des années 80 en devenant l’assistant de la révolutionnaire Carole Kalish dont les tactiques audacieuses ont tout autant aidé Marvel à sortir de la crise que le talent des auteurs d’alors.
Même si PAD fait bien son travail, il continue plus à rêver d’écriture que de chiffres.
Il n’hésite pas à aller démarcher plusieurs fois les editors afin de leurs soumettre des propositions de scénario dont une reprise de Moon Knight mais se retrouve à chaque fois poliment mais fermement éconduit.
Il faut dire que les relations entre le pôle éditorial et le pôle financier et marketing de Marvel sont très tendus et les hommes du Bullpen, dans l’atmosphère de paranoia et de complots à la Dallas d’alors, voient d’un mauvais œil ce petit homme qui veut s’incruster chez eux et qui pourrait facilement servir d’oeil de Moscou.
Il faut ajouter à cela que David s’est fait un ennemi de poids chez les artistes de Marvel en la personne de John Byrne.
Mégabyrne a plusieurs fois accusé David d’avoir orchestré la fuite de la mort de Gardian afin de pousser les revendeurs à commander plus d’exemplaires.

Au bout de 3 ans, il succède à Kalish, nommée vice présidente de Marvel, au poste de directeur commercial et marketing.
C’est un autre jeune taureau « paria » de Marvel qui lui donne finalement sa chance d’écrire.
Le petit protégé de Jim Shooter, Jim « Christopher Priest » Owsley, décide de laisser son ami faire ses armes comme scénariste en lui commandant des histoires pour les titres Spider-Man.

Alternant fill-ins et petites sagas sur les trois titres du tisseur, David fait déjà montre de son intérêt pour les petites fables moralistes mais son écriture est encore mal dégrossie.
Seule histoire à sortir du lot, la mort de Jean Dewolff où notre ami fait montre de sa maîtrise du polar avec une histoire qui renvoie autant au tueur du zodiaque qu’à l’été de Sam.

SSM 107
© Marvel Comics

Sauf que cette décision d’Owsley (une parmi tant d’autres) a déclenché une sacrée bronca dans le staff éditorial.
Peter David est mis en position de faiblesse, les editors considérant qu’il y a conflit d’intérêt entre ses deux boulots.
David a beau décider de ne pas user de sa position pour s’ingérer dans l’éditorial et de ne faire aucune promotion autour des titres qu’il écrit, rien n’y fait.
L’éternel ennemi d’Owsley, Tom DeFalco, réussit à pousser le jeune editor à la porte et à débarquer David du staff des titres Spidey (il reviendra néanmoins y faire quelques piges peu après).
PAD retourne bien sagement à son bureau bien décidé à ne pas faire de vagues même s’il réussit néanmoins à reprendre le titre Justice du New Universe, dont tout le monde se fout au demeurant, afin de continuer à travailler son écriture.

C’est quelques mois plus tard que Bob Harras vient le voir en désespoir de cause afin de reprendre Hulk.
Autant dire que Peter David se montre aussi peu, voire moins, enthousiaste que tous les autres scénaristes démarchés par Harras.
Il a peur de se mettre une nouvelle fois le Bullpen à dos et de plus, il ne se sent aucune affinité avec les aventures d’un monstre vert bourrin et au vocabulaire limité.
Petit à petit, Harras réussit pourtant à le convaincre. Après tout, personne ne s’intéresse à Hulk donc ça ne fera pas de remous.
Et puis depuis peu, Hulk est gris et intelligent, ce qui offre davantage de possibilités à l’aspirant scénariste.
Dernier argument qui fait définitivement pencher la balance, Harras lui promet une liberté artistique totale. Après tout, le titre est proche de l’annulation et tout est bon pour le relancer.
PAD se dit que finalement pourquoi pas, et même s’il n’a pas encore d’idée précise ça lui permettra toujours de continuer à affiner son écriture.
David accepte donc de reprendre la série en freelance en parallèle de ses fonctions sans savoir que cette décision va définitivement changer sa vie.

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